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GéopolitiqueGauche alternative

L'Amérique et l'Iran se disputent le contrôle du détroit d'Ormuz

Ils ont bombardé un mariage, et le vice-président refuse le mot « guerre »

Quatre morts au mariage de la fille d'un pêcheur le 1er septembre, 794 militaires américains blessés depuis février, et une administration qui range ses pertes sous deux noms d'opération pour qu'aucun des deux totaux n'ait jamais à être énoncé.

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Vue satellite du détroit d'Ormuz, l'étroit chenal entre la péninsule montagneuse de Musandam et la côte iranienne par lequel le golfe Persique s'ouvre sur le golfe d'Oman.
Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC · US government work · source

Le 1er septembre, un missile américain a frappé une maison de Kuhestak, port de pêche sur le détroit d'Ormuz, où plusieurs dizaines de personnes s'étaient réunies pour le mariage de la fille d'un pêcheur. Au moins quatre personnes ont été tuées, dont Amirali Karimi, quatre ans, et Mohammad Mallahi, seize ans ; plus de soixante ont été blessées. Comme le rapporte Medea Benjamin, la bombe a touché la partie de la fête réservée aux femmes, ce qui explique que les blessés soient en majorité des femmes et des enfants. Le Croissant-Rouge iranien a demandé à la Cour pénale internationale d'ouvrir une enquête.

La réponse officielle a consisté à contester le décompte, puis à passer à autre chose. Le vice-président dit qu'il n'appellerait pas cela une guerre ; le relevé établi par Responsible Statecraft à partir de la base de données des pertes du Pentagone lui-même donne 794 militaires américains blessés et 18 tués depuis le 28 février, dont 377 blessés depuis juillet seulement, et 36 pour la seule dernière quinzaine. Le Pentagone range ceux d'avant le cessez-le-feu de juillet sous un nom d'opération et ceux d'après sous un autre — ce que Kelley Beaucar Vlahos appelle par son nom : une distinction sans différence.

Parler d'« opération », ce n'est pas décrire, c'est classer. Et ce classement a une fonction : qu'aucun total n'ait jamais à être prononcé à voix haute.

Sous le vocabulaire, il y a une guerre du pétrole, et la carte le dit sans détour. Tout ce qui s'est passé cette semaine s'est passé à moins de cent soixante kilomètres d'un verrou maritime par lequel transite un cinquième du brut mondial : une ligne de blocus, une zone d'accès restreint, cinq pétroliers détruits, une zone d'exclusion étendue jusqu'à la mer d'Arabie. L'objectif déclaré change — non-prolifération, puis dissuasion, puis, depuis juillet, de nouveau le changement de régime — les coordonnées, elles, ne bougent pas.

La facture est payée deux fois. Les Américains la paient à la pompe et, selon Truthout, sur le budget des Instituts nationaux de la santé ; les Iraniens la paient dans les ruines de Kuhestak ; le Golfe la paie dans un recul de sept pour cent de l'économie qatarie et dans des ports devenus des cibles. Ce qui n'est pas payé, c'est le prix politique, puisque l'opposition démocrate a passé six mois à discuter de la conduite de cette guerre et non de son existence. Voilà la place vide que cela laisse, et c'est celle-là qu'il vaut la peine d'occuper.