L'AfD remporte la Saxe-Anhalt mais échoue à trois sièges près
Défendre la démocratie contre la majorité ne pouvait mener qu'ici
Dix ans de quarantaine morale ont produit un parti à 43,8 %, une gauche en deçà de son score de 2021 et une coalition de gouvernement qui n'a rien à proposer à un Land qu'elle a passé une génération à laisser dépérir.
C'est le résultat des chrétiens-démocrates qu'il faut lire en premier : score divisé par deux, sortie du gouvernement, et le FDP entraîné dans la chute, hors du Landtag. junge Welt l'a classé sous le seul titre qui convienne — Merz a coulé la CDU en Saxe-Anhalt. Les 43,8 % de l'AfD en sont la conséquence. Prendre la conséquence pour l'événement, c'est le principe qui organise cette politique depuis dix ans, et c'est pourquoi ceux qui la conduisent se retrouvent aujourd'hui dans l'opposition, face à un parti qu'ils ne savent pas battre.
Le verdict de Thomas Zimmermann dans Jacobin est la phrase qu'il faudra retenir de la semaine : « Die Demokratie kann man nicht gegen überwältigende Mehrheiten und mobilisierte Nichtwähler verteidigen, sondern nur mit ihnen. » On ne défend pas la démocratie contre des majorités écrasantes et des abstentionnistes remobilisés ; on ne la défend qu'avec eux. L'AfD n'a pas de majorité ; le camp assemblé contre elle non plus ; et entre les deux se tient le BSW, dont la tête de liste a déjà prévenu : « Wir werden uns an einer Brandmauer-Koalition nicht beteiligen » — nous ne participerons à aucune coalition pare-feu.
Un cordon sanitaire qui laisse à 43,8 % le parti qu'il exclut n'a pas échoué au dernier moment. Il échoue depuis le début.
Le score de la gauche elle-même est la part que sa presse n'a pas le droit d'escamoter. Huit à neuf pour cent, moins bien qu'en 2021, peut-être derrière le SPD et les Verts à la fois, alors que les sondages la donnaient nettement troisième — et cela l'année où sa crise devait être derrière elle. Un parti qui passe une campagne à expliquer quel conservateur il serait éventuellement prêt à installer comme ministre-président a dit à ses électeurs, très exactement, qu'il fait partie des meubles et non qu'il est une alternative. L'AfD est allée chercher 157 000 anciens abstentionnistes. Ces gens-là étaient disponibles pour quelqu'un d'autre, d'abord.
Rien de tout cela ne rend les vainqueurs inoffensifs, et le passif local n'a rien d'abstrait. En mai, la police criminelle du Land a monté une cellule contre les groupes de jeunesse d'extrême droite qui s'en prennent aux personnes queer, migrantes et de gauche. La semaine d'avant le scrutin, une maison de jeunes brûlait à Gardelegen. Un enseignant de Stendal a reçu un blâme officiel après avoir été dénoncé pour s'être exprimé contre l'AfD en cours. Une électrice a seulement dit à Die Zeit qu'elle avait voté « demokratisch », et n'en a pas dit davantage. Voilà à quoi ressemble, vu d'en bas, un climat qui change — et aucune rhétorique de pare-feu, à Berlin, n'y a jamais rien changé.
Le résultat qu'il faut lire en premier est celui des chrétiens-démocrates : un score divisé par deux, le pouvoir perdu, et le FDP entraîné avec eux hors du Landtag, à quelque 2,5 %. junge Welt l'a titré de la seule manière qui tienne — Merz a coulé l'Union en Saxe-Anhalt. Les 43,8 % de l'AfD en sont la conséquence, et prendre la conséquence pour l'événement, c'est le principe même qui organise cette politique depuis dix ans. C'est aussi pourquoi ceux qui l'organisent se retrouvent aujourd'hui dans l'opposition, face à un parti qu'ils n'ont aucun moyen de battre.
Le verdict de Thomas Zimmermann dans Jacobin est la phrase par laquelle il faudra retenir cette semaine : « Die Demokratie kann man nicht gegen überwältigende Mehrheiten und mobilisierte Nichtwähler verteidigen, sondern nur mit ihnen. » On ne défend pas la démocratie contre des majorités écrasantes et des abstentionnistes remobilisés ; on ne la défend qu'avec eux. L'arithmétique se passe de commentaire. L'AfD n'a pas de majorité. Le camp rassemblé contre elle n'en a pas davantage. Entre les deux se tient le BSW, dont la tête de liste a déjà prévenu : « Wir werden uns an einer Brandmauer-Koalition nicht beteiligen » — nous ne participerons pas à une coalition du cordon sanitaire.
Un cordon sanitaire qui laisse à 43,8 % le parti qu'il exclut n'a pas échoué au dernier moment. Il échouait depuis le début.
Le résultat de la gauche elle-même est le passage que sa propre presse n'a pas le droit d'escamoter. Entre 8 et 9 %, moins qu'en 2021, peut-être derrière le SPD et les Verts, après avoir été donnée nettement troisième — et cela l'année même où sa crise était censée être surmontée. Un parti qui passe une campagne à expliquer quel conservateur il serait prêt à installer à la tête du Land dit à ses électeurs, avec exactitude, qu'il fait partie des meubles et non des alternatives. Pendant ce temps, l'AfD a capté environ 157 000 anciens abstentionnistes et 83 000 anciens électeurs de la CDU. Le premier de ces chiffres est l'acte d'accusation : ces gens-là ne lui appartenaient pas au départ, et ils étaient d'abord disponibles pour quelqu'un d'autre.
L'objection est évidente et mérite une réponse plutôt qu'un ricanement : si le cordon tombe, un parti ouvertement d'extrême droite entre dans un gouvernement de Land, et ceux qui le paieront ne sont pas les éditorialistes. C'est vrai. Mais le choix proposé n'est pas entre le cordon et rien. Il est entre un cordon qui a visiblement cessé de fonctionner et une politique qui dispute les mêmes électeurs sur le terrain où ils vivent réellement : des salaires qui traînent derrière ceux de l'Ouest, une industrie chimique étranglée par le coût de l'énergie, des hôpitaux et des lignes de chemin de fer fermés, et une décennie pendant laquelle chaque gouvernement fédéral a traité l'Est comme un problème de mentalité. L'AfD n'a pas créé ces conditions. Elle s'y est installée, et personne ne lui a disputé le terrain.
Rien de tout cela ne rend les vainqueurs inoffensifs, et le dossier local n'a rien d'abstrait. En mai, la police criminelle du Land a mis sur pied une cellule contre des groupes de jeunesse d'extrême droite qui s'en prennent aux personnes queer, migrantes et de gauche, dont les lieux de réunion sont devenus des cibles. La semaine précédant le scrutin, un club de jeunes a brûlé à Gardelegen. Un enseignant de Stendal a reçu un blâme après avoir été dénoncé pour avoir parlé contre l'AfD dans son établissement. Une électrice a dit à Die Zeit qu'elle avait voté « demokratisch », sans vouloir en dire davantage, par peur des conséquences. Voilà à quoi ressemble un climat qui change quand on le subit d'en bas, et toute la rhétorique du cordon sanitaire à Berlin n'y a rien changé.
Reste qui a revendiqué le résultat, et à quelle vitesse. Elon Musk a écrit « Gut gemacht ! » sous le message d'Alice Weidel ; Ulrich Siegmund lui a répondu dans l'heure que si son parti prenait ses responsabilités, il accueillerait chaleureusement « eine starke und konstruktive Zusammenarbeit », et lui a vendu l'Allemagne comme un pays où il vaudrait de nouveau la peine d'investir. Matteo Salvini a félicité « meine Freundin Alice Weidel » ; Herbert Kickl a salué une « gelebte Demokratie » et le cordon sanitaire des élites enfin abattu. Un Land de deux millions d'habitants, vidé pendant trente ans, vient d'être versé comme pièce au dossier de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas une raison de défendre l'arrangement qui a produit cela. C'est une raison de mesurer le peu qu'il a jamais protégé.
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