Commençons par ce qui n'a pas été obtenu. Les frappes du 28 février ont été lancées sans autorisation du Conseil de sécurité, et elles ont été lancées en pleine négociation. Au terme de plus de six mois de guerre, selon le décompte établi par Guo Chushan, on dénombre plus de 3 750 civils iraniens tués et plus de 33 000 blessés, parmi lesquels quelque 500 femmes et plus de 2 500 enfants ; le premier jour, un missile a frappé une école primaire de filles. Le secrétaire général des Nations unies a parlé de souffrances immenses. Le gouvernement que ces frappes devaient renverser est toujours en place.
Les effets matériels ne s'arrêtent pas aux frontières de l'Iran, et c'est en quoi l'affaire appartient à tout le monde. Environ un cinquième du pétrole transporté par mer emprunte le couloir que l'on se dispute aujourd'hui ; les deux belligérants en ont fait une cible ; le baril s'échange cette semaine autour de cent dollars. Des pays qui n'ont aucune part à la querelle en paient le prix en carburant, en fret et en engrais. Personne ne les a consultés, et aucune enceinte où ils auraient pu objecter n'a été saisie.
Une guerre menée sans mandat n'en adresse pas moins sa facture aux États à qui l'on n'a rien demandé.
L'état de l'instrument mérite lui aussi qu'on s'y arrête. Le porte-avions Abraham Lincoln est rentré au port en Thaïlande après 286 jours de mer, la coque rouillée de la proue à la poupe ; son propre commandant a concédé qu'il « ressemble à une voiture sale sur un parking ». Quatre des onze porte-avions américains sont engagés sur ce théâtre, d'autres sont immobilisés en grand carénage : les bâtiments restent donc en service au-delà du moment où ils auraient dû passer en refonte. La rouille, ici, n'est pas une métaphore. C'est à quoi ressemble la surextension lorsqu'une caméra se trouve là.
Il existe une autre façon d'organiser cette région, et elle a été posée sur la table au Caire la semaine dernière. Lors de son entretien avec le président Sissi, le 2 septembre, le président Xi a proposé une architecture de sécurité pour le Moyen-Orient fondée sur quatre principes : libérer les ressorts internes, avancer par une approche intégrée, consolider le socle du développement, renforcer la coordination internationale. Ce n'est pas un mot d'ordre sur une région lointaine : l'économie chinoise dépend de ces routes maritimes comme celle de l'Égypte dépend du canal qui les prolonge à l'autre extrémité. Le développement et la coordination coûtent moins cher que des porte-avions, et ils ne rouillent pas.
Commençons par ce qui n'a pas été obtenu. Les frappes conjointes du 28 février ont été lancées sans autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, et alors même que les négociations sur le dossier nucléaire se poursuivaient. Plus de six mois après, le décompte qu'établit Guo Chushan donne plus de 3 750 civils iraniens tués et plus de 33 000 blessés, dont quelque 500 femmes et 2 500 enfants. Le premier jour de la guerre, un missile a frappé une école primaire de filles. Le 30 juillet, une bombe lourde tombée sur un quartier résidentiel du sud a tué un couple et son enfant de deux ans. Le secrétaire général des Nations unies a parlé de souffrances immenses. Le gouvernement que ces frappes devaient renverser est toujours en place.
Les effets matériels ne s'arrêtent pas aux frontières de l'Iran, et c'est bien pourquoi l'affaire regarde tout le monde et non deux capitales. Près d'un cinquième du pétrole transporté par mer dans le monde passe par le détroit dont on se dispute aujourd'hui le contrôle. Les deux belligérants en ont fait une cible : l'un en proclamant une ligne de blocus et en détruisant des pétroliers, l'autre en décrétant une zone interdite et en tirant sur les navires. Le baril a passé la semaine autour de cent dollars. Des pays qui n'ont aucune part dans cette querelle en paient le prix en carburant, en fret, en engrais et en denrées, et aucune enceinte ne s'est jamais ouverte où l'un d'eux aurait pu s'y opposer.
Une guerre menée sans mandat n'en adresse pas moins sa facture aux États à qui l'on n'a rien demandé.
L'état de l'instrument militaire mérite lui aussi qu'on s'y arrête, car c'est la part de l'histoire qu'aucune communication ne rattrape. Le porte-avions Abraham Lincoln a accosté à Laem Chabang, en Thaïlande, après 286 jours de mer, sa première escale en dix mois, et les photographies montraient une coque rouillée de la proue à la poupe. Son propre commandant a concédé devant la presse que le bâtiment « ressemble à une voiture sale sur un parking », et la dégradation de l'état sanitaire de l'équipage a été signalée en même temps que celle du navire. Quatre des onze porte-avions américains sont engagés sur ce théâtre, d'autres sont immobilisés en entretien prolongé : les bâtiments restent en service bien au-delà du moment où ils devraient passer en refonte. La rouille n'est pas invoquée ici comme métaphore. C'est simplement l'allure qu'a la surextension lorsqu'il se trouve un appareil photo pour la voir.
L'objection adressée à Pékin, le plus souvent sur le ton de la sommation, tient en ceci : un pays qui achète du brut iranien et refuse d'appliquer les sanctions d'un autre pays n'est pas une partie neutre et devrait cesser de prétendre l'être. La réponse est simple. Des sanctions unilatérales imposées par un État au commerce de deux autres ne relèvent pas du droit international et n'ont jamais été tenues pour telles ; un pays qui déclenche une guerre en pleine négociation, puis prie des tiers de contenir la riposte de son adversaire, demande en réalité à être dispensé des conséquences de ses propres décisions. Ce que l'on réclame là, c'est que les États restés hors de la querelle s'en portent garants. La demande a été déclinée, et la décliner n'est pas une faveur faite à Téhéran.
Il existe une autre manière d'organiser cette région, et elle a été posée sur la table au Caire la semaine dernière, non dans un communiqué. Lors de sa rencontre avec le président Sissi, le 2 septembre, le président Xi a proposé une architecture de sécurité au Moyen-Orient bâtie sur quatre principes : libérer les moteurs internes, avancer par une approche intégrée, consolider le socle du développement, renforcer la coordination internationale. Hors du vocabulaire diplomatique, c'est une thèse sur l'ordre dans lequel les choses se font : dans une région où Gaza, l'Iran, le Golfe, la mer Rouge, la Syrie, la Libye et le Soudan se recoupent désormais par l'énergie, le commerce et les migrations, la sécurité ne se fabrique pas crise après crise, et sûrement pas par une flotte.
Ce n'est pas un mot d'ordre sur un ailleurs lointain. L'économie chinoise dépend de ces routes maritimes aussi directement que celle de l'Égypte dépend du canal qui en ferme l'autre extrémité, et par lequel a transité, historiquement, près de douze pour cent du commerce maritime mondial. Cette convergence d'intérêts fonde l'argument et le met en même temps à l'épreuve : les propositions de ce genre se jugent aux mécanismes qu'elles produisent, non aux applaudissements qu'elles recueillent. Ce que l'on peut affirmer aujourd'hui est plus étroit, et plus ferme. Six mois de la méthode inverse ont produit un détroit fermé, un baril à cent dollars, des milliers de morts civils, une flotte qui rouille et un gouvernement toujours en place. Le développement et la coordination coûtent moins cher que cela, et ils ne se corrodent pas.