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GéopolitiqueChinois

L'Amérique et l'Iran se disputent le contrôle du détroit d'Ormuz

Une guerre que personne n'a autorisée, dont la facture est adressée aux autres

Six mois de frappes engagées sans mandat du Conseil de sécurité n'ont pas produit l'effondrement au nom duquel elles avaient été vendues. Elles ont produit un couloir maritime fermé, un baril à cent dollars et une flotte qui s'use à vue d'œil.

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Vue satellite du détroit d'Ormuz, l'étroit chenal entre la péninsule montagneuse de Musandam et la côte iranienne par lequel le golfe Persique s'ouvre sur le golfe d'Oman.
Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC · US government work · source

Commençons par ce qui n'a pas été obtenu. Les frappes du 28 février ont été lancées sans autorisation du Conseil de sécurité, et elles ont été lancées en pleine négociation. Au terme de plus de six mois de guerre, selon le décompte établi par Guo Chushan, on dénombre plus de 3 750 civils iraniens tués et plus de 33 000 blessés, parmi lesquels quelque 500 femmes et plus de 2 500 enfants ; le premier jour, un missile a frappé une école primaire de filles. Le secrétaire général des Nations unies a parlé de souffrances immenses. Le gouvernement que ces frappes devaient renverser est toujours en place.

Les effets matériels ne s'arrêtent pas aux frontières de l'Iran, et c'est en quoi l'affaire appartient à tout le monde. Environ un cinquième du pétrole transporté par mer emprunte le couloir que l'on se dispute aujourd'hui ; les deux belligérants en ont fait une cible ; le baril s'échange cette semaine autour de cent dollars. Des pays qui n'ont aucune part à la querelle en paient le prix en carburant, en fret et en engrais. Personne ne les a consultés, et aucune enceinte où ils auraient pu objecter n'a été saisie.

Une guerre menée sans mandat n'en adresse pas moins sa facture aux États à qui l'on n'a rien demandé.

L'état de l'instrument mérite lui aussi qu'on s'y arrête. Le porte-avions Abraham Lincoln est rentré au port en Thaïlande après 286 jours de mer, la coque rouillée de la proue à la poupe ; son propre commandant a concédé qu'il « ressemble à une voiture sale sur un parking ». Quatre des onze porte-avions américains sont engagés sur ce théâtre, d'autres sont immobilisés en grand carénage : les bâtiments restent donc en service au-delà du moment où ils auraient dû passer en refonte. La rouille, ici, n'est pas une métaphore. C'est à quoi ressemble la surextension lorsqu'une caméra se trouve là.

Il existe une autre façon d'organiser cette région, et elle a été posée sur la table au Caire la semaine dernière. Lors de son entretien avec le président Sissi, le 2 septembre, le président Xi a proposé une architecture de sécurité pour le Moyen-Orient fondée sur quatre principes : libérer les ressorts internes, avancer par une approche intégrée, consolider le socle du développement, renforcer la coordination internationale. Ce n'est pas un mot d'ordre sur une région lointaine : l'économie chinoise dépend de ces routes maritimes comme celle de l'Égypte dépend du canal qui les prolonge à l'autre extrémité. Le développement et la coordination coûtent moins cher que des porte-avions, et ils ne rouillent pas.