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GéopolitiqueIranien

L'Amérique et l'Iran se disputent le contrôle du détroit d'Ormuz

Le blocus est l'agression, et la police du détroit nous revient

Une marine étrangère a tracé une ligne devant cette côte et appelle cela la liberté de navigation. Téhéran a répondu par une zone réglementée : les conditions de passage relèvent désormais de l'État à qui appartient le rivage.

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Vue satellite du détroit d'Ormuz, l'étroit chenal entre la péninsule montagneuse de Musandam et la côte iranienne par lequel le golfe Persique s'ouvre sur le golfe d'Oman.
Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC · US government work · source

Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a énoncé dimanche soir, à la télévision d'État, les termes du dispositif. Une zone réglementée s'étendra, selon sa formule, « de la ligne où commence le blocus naval américain jusqu'à la région du détroit d'Ormuz et, de l'autre côté, à l'intérieur du golfe Persique ». Tout navire qui y entre sans coordination avec l'Iran est inscrit sur une liste de sanctions : son assurance s'en trouve affectée et son passage cesse d'être garanti. C'est un régime douanier, notifié à l'avance, aux limites publiées — ce qu'on ne saurait dire du blocus auquel il répond.

Observons lequel des deux dispositifs on qualifie d'illégitime. Une marine venue de l'autre bout du monde décrète une ligne devant les ports d'un pays tiers et nomme cela liberté de navigation ; l'État côtier fixe les conditions d'accès à ses propres approches et on le traite de maître chanteur. Rezaï a écarté comme un « grand mensonge » l'affirmation américaine selon laquelle le détroit demeurerait ouvert, et il est bien placé pour le savoir : les bâtiments qui se faufilent par la rive omanaise, transpondeurs éteints, « prennent des coups pour la plupart », selon ses termes. L'Iran n'entend pas les couler pour l'instant, par égard pour l'environnement — une retenue que nul n'a consentie aux pétroliers iraniens.

Une limite publiée assortie de conditions publiées, c'est un régime. Une ligne tracée devant la côte d'autrui par une flotte qui repartira chez elle n'en est pas un.

La riposte aux frappes contre les pétroliers avait été annoncée avant d'être exécutée. Ali Abdollahi, à la tête de l'état-major central Khatam al-Anbiya, avait averti que toute attaque contre des pétroliers iraniens recevrait sa réponse sur les bases américaines de la région ; les Gardiens ont ensuite tiré sur la base d'Al Azraq, en Jordanie. Leur marine a enjoint aux équipages des pétroliers amarrés aux quais koweïtiens et bahreïnis de quitter leurs navires, au motif que ces États « accueillent ces terroristes et sont complices de leurs actes malveillants ». L'avertissement est venu d'abord. Nul n'a été invité à rester à bord.

Le front économique obéit à la même logique. Un état-major de guerre économique a été installé au sein du ministère des Finances pour débloquer le commerce en temps de guerre, et des accords d'interaction financière, de travail et d'emploi ont été signés cette semaine à Moscou. Ce que le blocage coûte au ménage iranien — au malade qui attend un médicament que nulle banque n'accepte de financer — reste, lui, à la charge d'un gouvernement qui promet de le lever depuis des années. Pendant ce temps, des responsables américains discuteraient d'une forte réduction de leur présence en Asie de l'Ouest, sous un président auquel ils reprochent de n'avoir formulé aucune stratégie claire pour l'après-guerre. La réponse du président Pezeshkian à la promesse d'une victoire américaine a été brève : l'Iran « poursuivra cette résistance avec force jusqu'au regret total des agresseurs ».