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GéopolitiqueIsraélien

L'Amérique et l'Iran se disputent le contrôle du détroit d'Ormuz

Un péage n'est pas la souveraineté, une épave repêchée n'est pas une prise

Téhéran ne peut pas fermer le détroit : il entreprend donc de le mettre sous licence. La zone annoncée cette semaine est une fiction juridique posée sur des missiles qui manquent leur cible, et on la vend à la région comme un fait acquis.

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Vue satellite du détroit d'Ormuz, l'étroit chenal entre la péninsule montagneuse de Musandam et la côte iranienne par lequel le golfe Persique s'ouvre sur le golfe d'Oman.
Photo : MODIS Land Rapid Response Team, NASA GSFC · US government work · source

Reprenez la semaine dans l'ordre : la logique saute aux yeux. Samedi, le Corps des gardiens de la révolution tire des missiles balistiques sur un porte-avions américain et sur un destroyer lance-missiles. Les deux esquivent. Mardi, nouvelle tentative contre un bâtiment de guerre ; le commandement central américain indique que le navire « a déjoué les tentatives d'attaque iraniennes et poursuivi sa patrouille dans les eaux de la région. Aucun militaire américain n'a été blessé. » Suivent des tirs sur la base d'Al Azraq, en Jordanie : la défense aérienne jordanienne intercepte dix-huit missiles balistiques, dont deux retombent en terrain découvert. Rien n'a atteint sa cible.

Ce qui a atteint la sienne, c'est l'annonce. Une zone d'accès réglementé, courant de la ligne de blocus américaine jusqu'au Golfe en passant par le détroit, étendue cette semaine — les Gardiens l'ont précisé — au golfe d'Oman et à la mer d'Arabie. Les navires qui la traversent sans autorisation iranienne sont inscrits sur une liste de sanctions et perdent leur couverture d'assurance. C'est un régime de péage habillé du vocabulaire d'un ordre juridique, et le décréter ne coûte rien à Téhéran. Déclarer, c'est tout l'objet : ce qui ne s'impose pas à un porte-avions s'impose encore à l'assureur d'un armateur grec.

Quand les missiles n'arrivent plus, les communiqués prennent le relais. C'est une substitution ; il faut la lire comme telle.

Le drone capturé relève de la même catégorie. Les Gardiens ont annoncé la saisie dans le détroit d'un drone sous-marin américain de pointe ; le commandement central a répondu que l'engin était tombé en panne plus d'un jour auparavant, au cours d'une campagne de relevés dans les eaux de la région, qu'il s'agissait d'un modèle ancien et qu'il ne transportait aucune donnée classifiée. Le repêchage d'une épave s'est mué en prise de guerre le temps d'un cycle médiatique. Quiconque suit ce dossier depuis dix ans reconnaît le procédé, et le public visé n'est pas à Washington.

Ce public est à Koweït, à Manama, à Abou Dhabi. La marine des Gardiens a sommé les équipages de pétroliers amarrés aux quais koweïtiens et bahreïnis d'abandonner leurs navires, accusant ces deux États d'héberger les forces américaines et de prêter la main aux frappes — menace explicite contre les ports de voisins qui ne sont pas belligérants, formulée pendant que la diplomatie iranienne explique aux mêmes capitales que le fauteur de troubles est américain. La stratégie consiste à rendre l'accueil des Américains plus coûteux que de s'en passer. Elle produit plus d'effet sur la région que les missiles n'en produisent sur la flotte ; c'est cela, et non le poste de péage, qui mérite l'attention.