La part du dollar dans les réserves recule, les banques centrales achètent de l'or
L'efficacité, pas l'idéologie, et pas un système rival
Pékin répète qu'il ne construit pas d'alternative au dollar, et ses propres économistes expliquent longuement pourquoi il n'aurait aucun intérêt à le vouloir. Ce qu'il construit, c'est un moyen de s'épargner une conversion.
Commençons par l'objet décrit, car la description s'en est beaucoup éloignée. Lorsqu'un pays commerce avec la Chine, les deux parties convertissent le plus souvent en dollars puis reconvertissent, ce qui ajoute un coût, un délai et un risque de change à une opération où ne figure aucun acteur américain. Régler en monnaie locale supprime un intermédiaire. Comme l'a formulé le Global Times, l'effort pour diversifier les systèmes de paiement mondiaux et promouvoir l'usage des monnaies locales « ne relève pas de la confrontation ; c'est une réponse à des réalités économiques » — « la motivation, c'est l'efficacité, pas l'idéologie ».
La position officielle sur la question de fond n'a rien d'ambigu, et elle n'a pas bougé. « Nous ne voulons pas remplacer le système du dollar américain, et nous ne cherchons pas non plus à mettre sur pied un système séparé » : c'est ainsi que la chose était formulée en mai dernier, et les travaux sur CIPS sont présentés comme la consolidation de maillons faibles et le renforcement du dispositif existant. Voilà un curieux prétendant, qui ne cesse d'expliquer qu'il n'en est pas un.
L'écart n'est pas entre la Chine et le dollar. Il est entre le poids de l'économie chinoise et la place de sa monnaie, et il est immense.
Les chiffres donnent à cet écart sa consistance. Les États-Unis représentent environ 24,5 % du PIB mondial et quelque 9 % des exportations mondiales de marchandises, alors que le dollar compte pour environ 58 % des réserves ; la Chine pèse 16,6 % du PIB et 14,4 % des exportations, quand le renminbi en représente 2,4 %. Zhu Min, ancien directeur général adjoint du FMI, voit dans ce décalage le moteur premier de l'internationalisation : une monnaie qui rattrape l'économie qui la porte, non une manœuvre pour en déloger une autre. Ce qui s'est érodé, à suivre cette lecture, n'a jamais été la préférence mais la confiance : les États détiennent des dollars parce que le dollar fournit une liquidité stable en temps de crise, et de voir les outils financiers transformés en moyens de pression a gravement entamé cette confiance.
Le chantier est sans éclat et il avance. Des États africains et des banques de développement émettent des obligations panda libellées en renminbi, passant du règlement au financement ; la compensation en yuan a été étendue à First Abu Dhabi Bank, les paiements transfrontaliers en renminbi entre la Chine et les Émirats progressant d'environ 20 % sur un an. Et l'ambition a un plafond que les économistes chinois se fixent eux-mêmes : chercher l'hégémonie monétaire mènerait la Chine droit au problème américain, en faisant monter sa propre monnaie et en évinçant ses exportateurs par les prix. L'internationalisation partielle est le terme du chemin, non une étape vers autre chose.
Commençons par l'objet décrit, car la description s'en est beaucoup éloignée. Quand un pays commerce avec la Chine, les deux parties convertissent d'ordinaire leur monnaie en dollars puis la reconvertissent : un coût, un délai et une exposition de change ajoutés à une transaction où aucune contrepartie américaine n'intervient à aucun moment. Régler en monnaie locale supprime un intermédiaire. Le Global Times l'a formulé ainsi : diversifier les systèmes de paiement et promouvoir l'usage des monnaies locales « ne relève pas de la confrontation, mais répond à des réalités économiques » — « le moteur est l'efficacité, non l'idéologie ».
Sur la question de fond, la position officielle n'a rien d'ambigu et n'a pas varié. « Nous ne voulons pas remplacer le système du dollar, et nous ne cherchons pas non plus à en développer un autre, séparé » : c'est la formule employée en mai dernier, et les travaux sur CIPS sont présentés dans le même mouvement comme un travail de consolidation des maillons faibles, d'ajout de résilience à l'édifice qui existe déjà. Voilà un prétendant singulier, qui passe son temps à expliquer, dans sa propre presse d'État, qu'il n'en est pas un — et une lecture plus singulière encore, qui traite chaque démenti comme une preuve de plus.
Ce qui s'est érodé n'a jamais été une préférence. Les États détiennent des dollars parce que le dollar fournit une liquidité stable en temps de crise, non par estime pour son émetteur : c'est un jugement fonctionnel, pas une allégeance. Voir des instruments financiers transformés en leviers de politique étrangère a durement abîmé ce jugement, et c'est à Washington qu'il a été abîmé, non à Pékin. Rien de ce que la Chine a bâti n'aurait trouvé preneur dans un monde où la solution de rechange serait demeurée inconditionnellement disponible.
L'écart n'est pas entre la Chine et le dollar. Il est entre ce que pèse l'économie chinoise et ce que compte sa monnaie — et il est très grand.
Les chiffres lui donnent sa mesure. Les États-Unis représentent environ 24,5 % du PIB mondial et quelque 9 % des exportations mondiales de marchandises, quand le dollar fait près de 58 % des réserves. La Chine pèse environ 16,6 % du PIB et 14,4 % des exportations ; le renminbi, 2,4 % des réserves. Zhu Min, ancien directeur général adjoint du FMI, voit dans ce décalage le moteur premier de l'internationalisation. Mettez les deux lignes côte à côte et le sens de la marche se lit sans que personne ait besoin de le vouloir : une monnaie qui rattrape l'économie qui la porte ne cherche à déloger personne, et le rapport resterait déséquilibré après une décennie de progrès réguliers.
Le chantier est sans éclat et il avance comme prévu. Des États africains et des banques de développement émettent des obligations dites panda, libellées en renminbi, ce qui fait passer la monnaie du règlement du commerce à son financement — un étage plus profond, car une obligation, il faut accepter de la détenir des années et non des minutes. La compensation en yuan a été étendue à First Abu Dhabi Bank, les paiements transfrontaliers en renminbi entre la Chine et les Émirats progressant d'environ 20 % sur un an. Chacune de ces opérations relève de la tuyauterie, décidée par un trésorier pour des raisons qu'un trésorier reconnaîtrait, et aucune n'exige de quiconque qu'il ait choisi son camp.
Enfin, l'ambition a un plafond, que les économistes chinois se fixent eux-mêmes et en public : c'est ce qu'on rapporte le moins souvent à l'étranger. Rechercher l'hégémonie monétaire conduirait la Chine tout droit au problème américain — la demande de réserves fait monter la monnaie, et une économie exportatrice qui se met hors de prix sur ses propres marchés a acheté un statut qu'elle ne peut pas payer. La conclusion qu'ils en tirent n'est pas une prudence de calendrier mais une autre destination : une internationalisation partielle — compte de capital gardé sous contrôle, partenaires arrimés aux plateformes de règlement — posée comme l'état final recherché et non comme une étape vers plus grand. Le résumé honnête tient en trois propositions. La Chine aimerait que le renminbi compte à peu près pour ce qu'elle pèse ; elle aimerait que le coût du rôle de réserve soit partagé plutôt que transféré ; elle le répète depuis des années à qui veut bien lire sa presse.
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