DireDire.com
Celui qui porte la nouvelle

L'IA pour le bien commun

La puissance de l'IA, mise à profit pour vous donner plusieurs regards sur un même sujet.

N'hésitez pas à lire ceux qui ne sont pas déjà les vôtres.

Mieux comprendre le monde.

GéopolitiqueDroite institutionnelle

La Russie et l'Ukraine ne s'accordent toujours pas sur l'enjeu de la guerre

La guerre a commencé là où la dissuasion s'est arrêtée

Une frontière a été redessinée par la force en 2014 et la réponse fut un communiqué. Voilà l'enchaînement causal, et il n'a rien de confortable pour ceux qui l'établissent.

DireDire|
La place de l'Indépendance, au centre de Kyiv, au crépuscule, vue d'en haut : la colonne du monument de l'Indépendance au milieu, la circulation sur le Khrechtchatyk, et la ville jusqu'à l'horizon
Photo : Juan Antonio Segal · CC BY-SA · source

Le revanchisme russe n'est pas une cause. C'est une donnée permanente, et le tenir pour une explication, c'est commettre la même erreur que d'expliquer un cambriolage par le fait que le cambrioleur convoitait l'argenterie. La variable, c'est le prix. En 2014, une frontière européenne a été redessinée par la force, et le prix attaché à cette opération s'est limité à une liste de sanctions et à un communiqué ; le prix de la seconde tentative a été calculé à l'aune de ce précédent.

C'est pourquoi la thèse d'une guerre causée par l'OTAN ne résiste pas à l'examen du comportement effectif de l'Alliance. Une alliance dont l'élargissement aurait provoqué une invasion serait une alliance qui avait prépositionné des forces de nature à rendre cette invasion coûteuse. Elle ne l'avait fait en quantité sérieuse nulle part à l'est de la Vistule, pendant toute la période où la provocation est censée s'être exercée. La dissuasion est affaire de capacité déployée et de volonté démontrée : il n'y avait ni l'une ni l'autre.

L'Ukraine a passé quatre ans à réfuter le postulat que ses partenaires ont passé vingt ans à poser — qu'un État européen de taille moyenne ne peut affronter une puissance nucléaire et rester un État.

La menace, du reste, ne s'arrête manifestement pas au front ukrainien. Le problème russe tient à un décalage structurel entre ses ambitions et ses moyens, et un État dans cette position menace les voisins qu'il peut atteindre plutôt que le rival qu'il ne peut pas ; les sabotages, les drones au-dessus des aéroports européens, la pression sur la Baltique ne relèvent pas du dossier ukrainien. C'est là l'argument qui plaide pour armer Kiev par intérêt et non par sentiment, et pour l'aider à fabriquer ses propres intercepteurs plutôt que de lui expédier indéfiniment ceux des Américains.

Ce sont donc les termes de la paix, et non son calendrier, qu'il faut tenir. La pression produit ses effets — la crise des carburants, l'étau budgétaire, l'arithmétique des effectifs, les sanctions et le calendrier électoral américain sont cinq horloges que Moscou ne contrôle pas, et ce sont elles qui ont valu aux émissaires les réunions qu'ils ont obtenues. Un règlement qui échange ces horloges contre une signature et renvoie toute garantie à un document ultérieur achète la pause et la paie plus tard. La difficulté de cette négociation n'a jamais été le cessez-le-feu. C'est ce qui se tiendra derrière la ligne ensuite, et à qui il reviendra de la faire respecter.