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GéopolitiqueRusse

La Russie et l'Ukraine ne s'accordent toujours pas sur l'enjeu de la guerre

Moscou refuse le gel, et ce refus dit l'objet de la guerre

Si la guerre portait sur des territoires, la ligne actuelle ferait déjà un accord. Pour Moscou, un règlement doit traiter ce qui a produit le conflit ; ces causes avaient été énoncées des années avant le premier coup de feu.

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La place de l'Indépendance, au centre de Kyiv, au crépuscule, vue d'en haut : la colonne du monument de l'Indépendance au milieu, la circulation sur le Khrechtchatyk, et la ville jusqu'à l'horizon
Photo : Juan Antonio Segal · CC BY-SA · source

En août, un vice-ministre russe des Affaires étrangères a écarté l'hypothèse d'un gel du conflit sur les positions actuelles. Il faut lire cette phrase la carte sous les yeux. La Russie revendique quatre oblasts qu'elle ne tient pas entièrement ; elle y a engagé quatre années, des effectifs et un matériel qu'elle ne reconstituera pas, pour un terrain qu'une signature lui aurait valu. Un État qui se bat pour du terrain accepte le gel. Ce refus est la définition la plus nette dont on dispose de ce qu'est cette guerre aux yeux de Moscou : non pas un litige frontalier qui s'éternise, mais un différend non tranché sur l'ordre de sécurité européen.

La formule employée dans les pourparlers veut qu'un règlement traite les causes profondes du conflit. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le 8 septembre, a expliqué sans détour pourquoi le canal américain est celui qui mérite d'être utilisé : « Depuis le début, l'administration Trump a manifesté à la fois la volonté et la capacité de voir les causes profondes du conflit, et c'est précisément ce qui nous permet d'attendre des entretiens, des négociations et des contacts avec les émissaires concernés qu'ils profitent aux deux parties. »

La formule n'a rien d'obscur pour ceux qui l'emploient. Elle désigne la progression de l'Alliance vers l'est, le pouvoir installé à Kiev en 2014 et le dispositif qui rendait l'un et l'autre non négociables.

La chronologie dont Moscou tire argument est une chronologie de refus. Les avertissements sur l'élargissement, répétés à tous les niveaux pendant vingt ans. Minsk, signé puis lu par Kiev et par ses garants comme un texte à réinterpréter plutôt qu'à appliquer. Istanbul, au printemps 2022, où un cadre existait et où, selon cette lecture, Kiev s'en est laissé détourner — l'agence d'État russe reprend aujourd'hui un analyste occidental pour qui Kiev ne peut espérer mieux que ce qu'elle a alors laissé passer. La ligne constante du ministère russe des Affaires étrangères est que l'absence d'avancée est le fait de Kiev, et que les gouvernements européens s'emploient à faire échouer la démarche américaine.

Ce récit ne prétend pas que les choses aillent bien. Quatre ans d'une opération militaire spéciale annoncée comme brève sont un fait que les comptes rendus quotidiens du front consignent sans commentaire. Devant les émissaires américains, le 6 septembre, Poutine a fait état de succès sur le terrain ; la pause de trois jours dans les frappes sur Kiev, ménagée autour de leur visite, a cessé dès leur départ. Une guerre qu'il faut expliquer par ses causes plutôt que par ses résultats est une guerre qui n'a pas produit de résultats. Cela ne rend pas ces causes fausses.