La Russie et l'Ukraine ne s'accordent toujours pas sur l'enjeu de la guerre
Moscou refuse le gel, et ce refus dit l'objet de la guerre
Si la guerre portait sur des territoires, la ligne actuelle ferait déjà un accord. Pour Moscou, un règlement doit traiter ce qui a produit le conflit ; ces causes avaient été énoncées des années avant le premier coup de feu.
En août, un vice-ministre russe des Affaires étrangères a écarté l'hypothèse d'un gel du conflit sur les positions actuelles. Il faut lire cette phrase la carte sous les yeux. La Russie revendique quatre oblasts qu'elle ne tient pas entièrement ; elle y a engagé quatre années, des effectifs et un matériel qu'elle ne reconstituera pas, pour un terrain qu'une signature lui aurait valu. Un État qui se bat pour du terrain accepte le gel. Ce refus est la définition la plus nette dont on dispose de ce qu'est cette guerre aux yeux de Moscou : non pas un litige frontalier qui s'éternise, mais un différend non tranché sur l'ordre de sécurité européen.
La formule employée dans les pourparlers veut qu'un règlement traite les causes profondes du conflit. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le 8 septembre, a expliqué sans détour pourquoi le canal américain est celui qui mérite d'être utilisé : « Depuis le début, l'administration Trump a manifesté à la fois la volonté et la capacité de voir les causes profondes du conflit, et c'est précisément ce qui nous permet d'attendre des entretiens, des négociations et des contacts avec les émissaires concernés qu'ils profitent aux deux parties. »
La formule n'a rien d'obscur pour ceux qui l'emploient. Elle désigne la progression de l'Alliance vers l'est, le pouvoir installé à Kiev en 2014 et le dispositif qui rendait l'un et l'autre non négociables.
La chronologie dont Moscou tire argument est une chronologie de refus. Les avertissements sur l'élargissement, répétés à tous les niveaux pendant vingt ans. Minsk, signé puis lu par Kiev et par ses garants comme un texte à réinterpréter plutôt qu'à appliquer. Istanbul, au printemps 2022, où un cadre existait et où, selon cette lecture, Kiev s'en est laissé détourner — l'agence d'État russe reprend aujourd'hui un analyste occidental pour qui Kiev ne peut espérer mieux que ce qu'elle a alors laissé passer. La ligne constante du ministère russe des Affaires étrangères est que l'absence d'avancée est le fait de Kiev, et que les gouvernements européens s'emploient à faire échouer la démarche américaine.
Ce récit ne prétend pas que les choses aillent bien. Quatre ans d'une opération militaire spéciale annoncée comme brève sont un fait que les comptes rendus quotidiens du front consignent sans commentaire. Devant les émissaires américains, le 6 septembre, Poutine a fait état de succès sur le terrain ; la pause de trois jours dans les frappes sur Kiev, ménagée autour de leur visite, a cessé dès leur départ. Une guerre qu'il faut expliquer par ses causes plutôt que par ses résultats est une guerre qui n'a pas produit de résultats. Cela ne rend pas ces causes fausses.
En août, un vice-ministre russe des Affaires étrangères a exclu de geler le conflit sur la ligne actuelle. Il faut rapprocher cette déclaration de la carte. La Russie revendique quatre oblasts qu'elle ne tient pas entièrement, et elle y a engagé quatre années, des hommes et un matériel qui ne se reconstitueront pas, pour un terrain qu'une signature lui aurait acquis. Un État qui se bat pour du territoire accepte le gel. Ce refus est l'indication la plus nette dont on dispose sur ce que Moscou tient pour l'enjeu : non pas un différend frontalier qui s'éternise, mais une controverse inachevée sur l'ordre de sécurité européen.
La formule en usage dans les pourparlers veut qu'un règlement traite les causes profondes du conflit. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dit sans détour, le 8 septembre, pourquoi le canal américain est celui qu'il vaut la peine d'emprunter : « Dès le début, l'administration Trump a manifesté à la fois la volonté et la capacité de voir les causes profondes du conflit, et c'est précisément ce qui nous autorise à attendre que les entretiens, les négociations et les contacts avec les émissaires concernés soient profitables aux deux parties. » Le Kremlin a par ailleurs refusé un sommet tripartite tant qu'un document n'est pas prêt à la signature, ce qui est cohérent : une rencontre qui produirait un cessez-le-feu en ajournant les causes serait, dans cette logique, une rencontre qui remet les compteurs à zéro.
La formule n'a rien d'obscur pour ceux qui l'emploient. Elle désigne l'avancée de l'Alliance vers l'est, le gouvernement installé à Kiev en 2014, et le principe selon lequel ni l'un ni l'autre n'était négociable.
La chronologie dont Moscou tire argument est une chronologie de refus. Les avertissements sur l'élargissement, répétés à tous les niveaux pendant vingt ans et reçus comme de la rhétorique. Les événements de février 2014 à Kiev, lus ici comme la destitution d'un gouvernement élu avec des encouragements occidentaux plutôt que comme une révolution. Minsk, signé puis, selon cette lecture, tenu par Kiev et ses garants pour un document à réinterpréter plutôt qu'à appliquer. Istanbul, au printemps 2022, où un cadre d'accord existait et s'est défait à force de paroles — l'agence d'État russe reprend aujourd'hui un analyste occidental qui soutient que Kiev ne peut espérer mieux que l'accord qu'elle a alors quitté.
La thèse générale qui sous-tend tout cela est que l'adversaire n'a jamais été l'Ukraine. Dans la presse russe, les rubriques quotidiennes de guerre sont écrites comme la couverture d'une confrontation avec ce qu'on y appelle l'Occident collectif, où les forces ukrainiennes sont ravitaillées, renseignées et dirigées depuis l'extérieur ; la ligne constante du ministère russe des Affaires étrangères a été, tout au long du mois, que le processus de paix ne progresse pas par la faute de Kiev et que les gouvernements européens s'emploient à faire échouer la piste américaine. Qu'on adhère ou non à cette grille, c'est celle-là, et un règlement négocié comme si la guerre n'opposait que Moscou et Kiev est un règlement où Moscou ne verra rien de réglé.
Cet exposé ne prétend nulle part que les choses aillent bien. Quatre ans d'une opération militaire spéciale annoncée comme brève sont un fait que les rubriques de guerre enregistrent sans commentaire. Les annexions d'octobre 2022 restent incomplètes sur le terrain. Le compte rendu que Poutine a fait aux émissaires américains le 6 septembre était un compte rendu de succès ; l'interruption de trois jours des frappes sur Kiev, le temps de leur visite, a cessé dès leur départ, ce qui n'est pas la conduite d'un État qui croit le dossier en voie de clôture.
Une guerre qu'il faut expliquer par ses causes plutôt que par ses résultats est une guerre qui n'a pas produit de résultats. C'est la lecture honnête de cette position, et elle n'invalide pas les causes. Elle en fait le seul objet qui reste à négocier — c'est précisément ce que Moscou répète, et c'est pour le garder sur la table que le gel a été refusé.
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