Le Royaume-Uni se demande qui sont les vrais rentiers
Un système fiscal qui récompense la propriété et pénalise le travail
Le Royaume-Uni taxe le salaire d'une infirmière plus lourdement que la rente d'un propriétaire. Ce n'est pas la faute d'une génération, c'est un barème, et un budget peut le réécrire.
Quinze intellectuels de gauche ont passé l'été à rassembler soixante-dix propositions en vue du premier budget du chancelier de l'Échiquier, et Caitlin Boswell, de Tax Justice UK, en a ramassé l'argument en une phrase. Un gouvernement qui prend au sérieux l'amélioration des conditions matérielles d'existence, écrit le rapport, « doit être prêt à s'attaquer à l'une des causes structurelles de l'inégalité : un système fiscal qui favorise le patrimoine au détriment du travail ». Il faut mesurer ce que cette phrase ne dit pas. Non que les vieux auraient volé les jeunes. Mais que la propriété est imposée à un taux et le travail à un autre, et que l'écart est précisément le lieu où se prélève la rente.
Les chiffres sont assez précis pour qu'on puisse en débattre. Un impôt sur les patrimoines nets supérieurs à 10 millions de livres rapporterait environ 24 milliards de livres par an. L'alignement de l'imposition des plus-values sur celle du revenu en dégagerait 11,3 milliards de plus — de quoi, selon le rapport, « financer la construction de 90 000 logements sociaux ». La council tax, l'impôt local sur le logement, et les droits de mutation, qualifiés de « régressifs, dépassés et injustes », céderaient la place à un impôt foncier proportionnel, qui ferait payer davantage 23 % des ménages. L'Institute for Fiscal Studies estime que la mesure réduirait les recettes et pousserait les capitaux à l'étranger ; l'objection est reproduite en regard dans le rapport.
Le rentier n'est pas une génération. C'est un taux d'imposition, et les taux sont écrits par des gens dont nous connaissons le nom.
L'ampleur du phénomène ne fait pas débat, même là où le remède en fait un. Selon les travaux de Gabriel Zucman, les deux cents familles les plus fortunées du Royaume-Uni détenaient l'équivalent d'environ 5 % du revenu national en 1989, contre quelque 22 % aujourd'hui. Quand 99 % de la population s'acquitte de 40 à 50 % de ses revenus en prélèvements, les milliardaires supportent un taux effectif de 25 % au plus. La réponse proposée est volontairement rudimentaire : 2 % au-delà de 100 millions de dollars d'actifs, sans exemption, et sans attendre l'OCDE.
Là où cette lecture touche effectivement les retraités, elle touche le logement et non la personne. La gratuité de la prise en charge de la dépendance serait financée par une majoration d'un point de l'impôt sur le revenu des plus de quarante ans et par une créance gagée sur le bien, recouvrée après la vente ou le décès — un dispositif qui, comme le formule Sebastian Rees, de l'IPPR, « permettrait au patrimoine immobilier de contribuer au coût de la réforme sans contraindre les intéressés à vendre leur logement dès qu'ils ont besoin de soins pour la première fois ». C'est toute la différence entre imposer un retraité et imposer un bien.
Quinze intellectuels de gauche ont passé l'été à réunir soixante-dix options de politique publique à l'intention du chancelier de l'Échiquier pour son premier budget, et Caitlin Boswell, de Tax Justice UK, a résumé l'ensemble de l'argument en une seule formule. Un gouvernement résolu à améliorer concrètement les conditions matérielles, écrit le rapport, « doit être prêt à s'attaquer à l'une des causes structurelles de l'inégalité : un système fiscal qui favorise le patrimoine au détriment du travail ». Voilà l'accusation, et il vaut la peine de relever ce qu'elle n'est pas. Elle ne dit pas que les vieux ont volé les jeunes. Elle dit que la propriété est imposée à un taux et le travail à un autre, que l'écart entre les deux est le lieu où se prélève la rente, et qu'un barème est une chose qu'un gouvernement écrit, non une chose qui lui arrive.
Les chiffres qui l'accompagnent sont assez précis pour qu'on puisse en discuter, ce qui est bien l'objet de leur publication. Un impôt sur le patrimoine net au-delà de 10 millions de livres rapporterait environ 24 milliards de livres par an. L'alignement de l'imposition des plus-values sur celle du revenu en dégagerait 11,3 milliards de plus — de quoi, précise le rapport, « financer la construction de 90 000 logements sociaux ». La council tax et le droit de timbre — l'impôt local sur le logement et celui qu'acquitte l'acheteur —, qualifiés de « régressifs, obsolètes et injustes », céderaient la place à une taxe foncière proportionnelle qui ferait payer davantage 23 % des ménages, concentrés à Londres et dans le Sud-Est. Ce dernier chiffre n'est pas dissimulé : le document est un menu plutôt qu'un manifeste, et il chiffre ses propres propositions en voix autant qu'en livres.
Le rentier n'est pas une génération. C'est un taux d'imposition, et les taux sont écrits par des gens dont nous connaissons les noms.
L'objection doit être affrontée, non expédiée, et le Guardian la publie en regard de la proposition : l'Institute for Fiscal Studies soutient qu'aligner les plus-values sur le revenu risquerait de réduire à la fois les recettes fiscales totales et l'investissement, et conduirait les contribuables fortunés à déplacer leurs capitaux ou à quitter le pays. La réponse honnête est qu'il s'agit là d'une affirmation empirique portant sur des élasticités, et non d'un principe, et qu'on l'a opposée à tout projet d'imposition du capital, sans exception. Elle vaut d'ailleurs dans les deux sens. Si les plus fortunés peuvent déplacer leur argent à volonté quand les salariés ordinaires ne le peuvent pas, cette asymétrie est précisément ce que l'on décrit ici, et un système fiscal bâti autour d'elle a déjà concédé l'essentiel.
L'ordre de grandeur ne fait pas débat, même là où le remède en fait un. Selon les travaux de Gabriel Zucman, les deux cents premières familles britanniques détenaient l'équivalent d'environ 5 % du revenu national en 1989, et d'environ 22 % aujourd'hui, pour une économie d'un peu plus de 3 000 milliards de livres en 2025 — un quadruplement en une seule vie active. Quand 99 % de la population verse 40 à 50 % de ses revenus en prélèvements, les milliardaires s'acquittent d'un taux qui n'excède pas 25 %. La réponse avancée est délibérément rudimentaire, et c'est là son mérite : 2 % au-delà de 100 millions de dollars d'actifs, aucune exonération sur laquelle plaider, et nulle attente d'une coordination préalable de l'OCDE ou des Nations unies.
La mécanique qui a creusé l'écart n'a rien de mystérieux non plus, et elle s'est déroulée au grand jour. Une décennie d'achats d'actifs a abaissé le coût de l'emprunt et relevé le prix de toutes les maisons, actions et obligations déjà détenues ; le reflux de ces achats pèse aujourd'hui sur les finances publiques comme une question budgétaire vive, et non comme une note de bas de page monétaire. Personne n'a voté ce transfert et personne n'a été consulté. C'est la démonstration la plus nette qui soit que la répartition du patrimoine au Royaume-Uni est un artefact de politique publique — ce qui est aussi la raison pour laquelle la politique publique peut la modifier.
Là où cette lecture touche effectivement les retraités, elle touche le logement et non la personne, et toute l'affaire tient dans cette distinction. La gratuité de l'aide à l'autonomie serait financée par une majoration de 1 % de l'impôt sur le revenu des plus de quarante ans, rapportant 8 à 9 milliards de livres, et par une créance garantie sur le bien puis recouvrée après la vente ou le décès — ce qui, selon les termes de Sebastian Rees, de l'IPPR, « permettrait au patrimoine immobilier de contribuer au coût de la réforme sans obliger les intéressés à vendre leur logement au moment où le besoin de prise en charge apparaît ». Michael Jacobs, ancien conseiller de Gordon Brown, met le gouvernement en garde contre la « modération et l'orthodoxie » qui ont, selon lui, mis fin aux deux derniers mandats, et les auteurs du rapport soutiennent qu'il « n'est tout simplement pas vrai qu'un gouvernement britannique ne puisse plus gouverner à gauche du centre ». Le différend n'est pas avec les retraités. Il est avec l'idée qu'à rien de tout cela on ne saurait toucher.
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