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PolitiqueGauche institutionnelle

Le Royaume-Uni se demande qui sont les vrais rentiers

Un système fiscal qui récompense la propriété et pénalise le travail

Le Royaume-Uni taxe le salaire d'une infirmière plus lourdement que la rente d'un propriétaire. Ce n'est pas la faute d'une génération, c'est un barème, et un budget peut le réécrire.

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Une rangée de maisons mitoyennes victoriennes en brique rouge, à pignons blancs et fenêtres en baie, vues depuis le trottoir, le mur pignon du bout de la rangée à nu.
Photo : OathOn · CC BY-SA · source

Quinze intellectuels de gauche ont passé l'été à rassembler soixante-dix propositions en vue du premier budget du chancelier de l'Échiquier, et Caitlin Boswell, de Tax Justice UK, en a ramassé l'argument en une phrase. Un gouvernement qui prend au sérieux l'amélioration des conditions matérielles d'existence, écrit le rapport, « doit être prêt à s'attaquer à l'une des causes structurelles de l'inégalité : un système fiscal qui favorise le patrimoine au détriment du travail ». Il faut mesurer ce que cette phrase ne dit pas. Non que les vieux auraient volé les jeunes. Mais que la propriété est imposée à un taux et le travail à un autre, et que l'écart est précisément le lieu où se prélève la rente.

Les chiffres sont assez précis pour qu'on puisse en débattre. Un impôt sur les patrimoines nets supérieurs à 10 millions de livres rapporterait environ 24 milliards de livres par an. L'alignement de l'imposition des plus-values sur celle du revenu en dégagerait 11,3 milliards de plus — de quoi, selon le rapport, « financer la construction de 90 000 logements sociaux ». La council tax, l'impôt local sur le logement, et les droits de mutation, qualifiés de « régressifs, dépassés et injustes », céderaient la place à un impôt foncier proportionnel, qui ferait payer davantage 23 % des ménages. L'Institute for Fiscal Studies estime que la mesure réduirait les recettes et pousserait les capitaux à l'étranger ; l'objection est reproduite en regard dans le rapport.

Le rentier n'est pas une génération. C'est un taux d'imposition, et les taux sont écrits par des gens dont nous connaissons le nom.

L'ampleur du phénomène ne fait pas débat, même là où le remède en fait un. Selon les travaux de Gabriel Zucman, les deux cents familles les plus fortunées du Royaume-Uni détenaient l'équivalent d'environ 5 % du revenu national en 1989, contre quelque 22 % aujourd'hui. Quand 99 % de la population s'acquitte de 40 à 50 % de ses revenus en prélèvements, les milliardaires supportent un taux effectif de 25 % au plus. La réponse proposée est volontairement rudimentaire : 2 % au-delà de 100 millions de dollars d'actifs, sans exemption, et sans attendre l'OCDE.

Là où cette lecture touche effectivement les retraités, elle touche le logement et non la personne. La gratuité de la prise en charge de la dépendance serait financée par une majoration d'un point de l'impôt sur le revenu des plus de quarante ans et par une créance gagée sur le bien, recouvrée après la vente ou le décès — un dispositif qui, comme le formule Sebastian Rees, de l'IPPR, « permettrait au patrimoine immobilier de contribuer au coût de la réforme sans contraindre les intéressés à vendre leur logement dès qu'ils ont besoin de soins pour la première fois ». C'est toute la différence entre imposer un retraité et imposer un bien.