Le Royaume-Uni se demande qui sont les vrais rentiers
Un pays d'assistés ne se guérira pas à coups d'impôts
Le capitalisme britannique est bel et bien devenu rentier, et ce sont les jeunes qui en paient le prix. Un impôt sur la fortune ne déplacerait l'argent qu'une fois. Changer qui possède le pays changerait le pays.
Commençons par concéder ce qui est vrai, car prétendre l'inverse a coûté une décennie à la droite. Sebastian Milbank écrit dans The Critic que « le capitalisme britannique contemporain est largement rentier : il encaisse de juteux contrats publics et cherche à monopoliser les revenus passifs tirés de la terre, de la pierre et de la dette » — une ligne qui court des partenariats public-privé des années Blair à l'externalisation des services publics, puis aux compagnies privatisées de l'eau et du rail. Le logement, dit le même texte, est « la bifurcation la plus brutale entre les classes et entre les générations » : les propriétaires réalisent des plus-values considérables, puis encaissent une seconde fois en gageant leur bien pour en acheter un autre, à crédit locatif, que les jeunes n'ont plus d'autre choix que de leur louer.
Le grand livre qui se tient dessous, personne ne le lit à voix haute. Plus de la moitié des ménages britanniques reçoivent aujourd'hui de l'État davantage qu'ils ne lui versent. La charge la plus lourde, et de loin, est celle du grand âge, avec « en moyenne 6 000 livres de plus par an dépensées pour un retraité que pour un enfant ». Les jeunes portent la dette étudiante, une pression fiscale réelle plus forte et des perspectives moindres que celles de leurs parents — et on leur explique que cela s'appelle la solidarité entre les générations. Il n'y a pas de solidarité à sens unique.
On a persuadé les Britanniques qu'une maison est une retraite et qu'une retraite est un droit. Ces deux croyances forment aujourd'hui une créance sur un jeune actif qui ne possède ni l'une ni l'autre.
L'arithmétique est pire que la rhétorique. D'ici 2050, avec le triple lock, ce mécanisme qui garantit la revalorisation automatique des pensions, la dépense de retraite publique augmente de 25 %, la prise en charge de la dépendance de 54 %, les prestations aux retraités de 71 % — 150 milliards de livres par an une fois la santé comptée, soit 5,9 % de la richesse produite cette année-là. À ceux qui objectent que les retraités ne retirent que ce qu'ils ont cotisé, Charles Amos répond que « le baby-boomer moyen a retiré 1,20 livre de l'État-providence pour chaque livre qu'il y a versée ». L'indice de fécondité britannique est de 1,41 ; le seuil de renouvellement n'a plus été atteint depuis 1972. Un retraité pour quatre actifs dans les années 1970, un pour trois aujourd'hui, près d'un pour deux en 2050.
Le remède n'est donc pas la ponction fiscale, qui « ne ferait que redistribuer à l'État une bouffée d'argent à court terme et provoquerait l'exil massif des plus fortunés » en laissant intacts les bas salaires et l'absence de patrimoine. Il est de changer la propriété elle-même. « L'argent étranger et le flot de main-d'œuvre étrangère devront être tenus à l'écart du marché immobilier britannique. Il faut construire, et réserver ce qui est construit à ceux qui contribuent. » Et refonder la protection sociale sur le principe assurantiel, « pour que celui qui donne davantage reçoive davantage ». C'est un programme plus dur qu'un impôt : voilà pourquoi personne ne l'a tenté.
Commençons par concéder ce qui est vrai, car prétendre le contraire a coûté à la droite une décennie et un électorat. Sebastian Milbank écrit dans The Critic que « le capitalisme britannique contemporain est largement rentier : il encaisse de juteux contrats publics et cherche à monopoliser les revenus passifs tirés de la terre, de la pierre et de la dette » — une ligne qui court des partenariats public-privé des années Blair à l'industrie de l'externalisation, jusqu'aux compagnies privatisées de l'eau et du rail, qui facturent à un public captif un service qu'il ne peut pas refuser. Le logement, poursuit le même texte, est « la fracture la plus brutale entre les classes et entre les générations » : les propriétaires réalisent des plus-values considérables, puis encaissent une seconde fois en adossant à ces mêmes murs un crédit d'investissement locatif — ces murs que les jeunes n'ont d'autre choix que de leur louer.
Le grand livre qu'il y a dessous, personne au pouvoir ne le lit à voix haute. Plus de la moitié des ménages britanniques reçoivent aujourd'hui de l'État davantage qu'ils ne lui versent : le pays a franchi ce seuil sans que nul ne le relève. La première charge des finances publiques, ce sont les personnes âgées, avec « en moyenne 6 000 livres de plus par an dépensées pour un retraité que pour un enfant ». Les jeunes portent la dette étudiante, une pression fiscale réelle plus lourde et des perspectives moins bonnes que celles de leurs parents et de leurs grands-parents, lesquels bénéficient de services gratuits et d'une pension indexée au-dessus de l'inflation ; et on leur explique que cet arrangement s'appelle solidarité entre les générations. Une solidarité qui va dans un seul sens depuis cinquante ans n'est pas une solidarité : c'est un prélèvement automatique.
On a persuadé les Britanniques qu'une maison est une retraite et qu'une retraite est un droit. Ces deux croyances sont devenues une créance sur un jeune salarié qui ne possède ni l'une ni l'autre.
L'arithmétique est pire que la rhétorique, et elle est publiée. D'ici à 2050, si le triple lock — la règle qui indexe les pensions sur le plus favorable de trois critères — reste en place, la dépense de pension publique augmente de 25 %, celle de la prise en charge de la dépendance de 54 %, les prestations aux retraités de 71 % — soit quelque 62 milliards de livres d'aujourd'hui, 150 milliards une fois ajoutée la hausse prévue des dépenses de santé, ou 5,9 % de la production nationale de cette année-là — la dette publique étant projetée au-dessus de 230 % du PIB à l'horizon 2066. À l'objection selon laquelle les retraités ne feraient que retirer ce qu'ils ont versé, Charles Amos répond que « le baby-boomer moyen a retiré 1,20 livre de l'État-providence pour chaque livre qu'il y a versée » : pris au mot, l'argument contributif imposerait donc de réduire d'un sixième les droits des intéressés. L'indice de fécondité britannique est de 1,41 et n'a plus touché le seuil de renouvellement de 2,1 depuis 1972. Un retraité pour quatre actifs dans les années 1970, un pour trois aujourd'hui, près d'un pour deux en 2050.
Ici arrive l'objection honnête, et elle vient de la droite plutôt que de la gauche : n'est-ce pas la politique de l'envie, drapée dans l'Union Jack ? Non, et l'épreuve de vérité consiste à regarder ce que chaque remède laisse debout. Un impôt sur la fortune atteint les biens qui ne peuvent pas fuir — une ferme, une entreprise familiale, une maison dans une ville dont les emplois sont partis — et laisse intacts les avoirs de quiconque dispose d'un comptable et d'un second passeport. Il « ne ferait que redistribuer à l'État une bouffée de trésorerie à court terme, en provoquant l'exil massif des plus fortunés et en décimant ceux qui sont le plus investis dans l'économie nationale », et il ne fait rien du tout contre le mal de fond, qui est « la faiblesse des salaires et l'absence de patrimoine dans les classes populaires et moyennes britanniques, singulièrement chez les jeunes travailleurs sans héritage ».
L'autre voie consiste à changer la propriété plutôt qu'à taxer le propriétaire. « Il faudra fermer le marché immobilier britannique à l'argent étranger et au flot de main-d'œuvre étrangère. Il faut construire, et réserver ce qui est construit à ceux qui contribuent. » L'investissement et l'emploi doivent enfin sortir du Sud-Est, pour qu'un jeune ménage ne soit plus contraint d'enchérir sur un appartement londonien afin d'avoir une carrière. Et la protection sociale comme les retraites doivent être rebâties sur le principe assurantiel, « pour que ceux qui donnent davantage reçoivent davantage » — ce que le système promettait d'être, et ce qu'il a discrètement cessé d'être.
C'est un programme plus dur qu'un prélèvement, et c'est exactement pourquoi aucun parti ne s'y est risqué. Il faut dire aux retraités que la formule changera ; aux bailleurs que le régime fiscal de la résidence secondaire ne survivra pas ; à la City qu'un acheteur étranger n'est pas un investisseur ; et au pays que les trente dernières années de hausse des prix du logement furent un transfert et non une réussite. Le vrai dégât du triple lock n'est peut-être même pas budgétaire : il a enseigné à toute une génération de responsables politiques qu'un prix se fixe par décret et que l'arithmétique suivra — et c'est précisément le raisonnement que l'on applique aujourd'hui aux loyers. Dans les deux cas, on légifère sur un chiffre au lieu de changer ce que le chiffre mesure.
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