L'AfD remporte la Saxe-Anhalt mais échoue à trois sièges près
Les électeurs savaient exactement ce qu'ils choisissaient
Une participation record, un programme publié intégralement, et 43,8 %. Le commentaire le plus indulgent qu'on ait fait de ce résultat — que les électeurs y auraient été poussés — est précisément celui que les faits ne permettent pas de soutenir.
La consolation la plus répandue au sujet du 6 septembre veut que l'AfD ait gagné malgré son programme — qu'un Land ait sanctionné Berlin et que l'extrême droite se soit seulement trouvée là pour servir d'instrument. Christian Wolff, dans Vorwärts, la refuse, et ce refus est le point de départ de toute réponse sérieuse. « Wir müssen endlich aufhören mit der Entmündigung der Wähler*innen », écrit-il : il faut enfin cesser de traiter les électeurs comme des incapables, comme s'ils avaient été contraints. « Nein, AfD-Wähler*innen sind Täter*innen und keine Opfer. » Ils ne sont pas des victimes. Le parti a gagné en raison de son programme, non malgré lui.
Le programme n'était pas caché. Homogénéité culturelle, exclusion des migrants, démantèlement de l'audiovisuel public, asphyxie du secteur de l'initiative démocratique, sortie de l'euro et de l'Union européenne. Tout électeur pouvait en prendre connaissance, et une part record du corps électoral s'est déplacée pour le faire. Il en résulte le chiffre qui devrait commander tout le reste : les partis situés à l'intérieur du spectre démocratique ne détiennent plus qu'environ la moitié des suffrages en Saxe-Anhalt. Wolff parle d'« eine verhängnisvolle Entwicklung » — une évolution funeste. Il n'en existe aucune lecture qui soit régionale.
Le soir du scrutin, l'AfD a tendu la main à toutes les forces démocratiques et exigé le démantèlement de l'audiovisuel public dans le même mouvement. Les deux moitiés étaient à prendre au mot.
C'est pourquoi l'offre formulée à Magdebourg doit être lue pour ce qu'elle est et non pour ce qu'elle a l'air d'être. Interrogé sur la manière dont il traiterait ceux qui n'avaient pas voté pour lui, Ulrich Siegmund a répondu que son parti entendait faire une politique pour tous et qu'il tendait la main — avant de réclamer la destruction des médias de service public, au motif qu'ils feraient de la propagande contre l'AfD. Une main tendue à la condition que soient abolies les institutions capables de vous contredire n'est pas une offre de coalition. C'est la description du point d'arrivée.
L'arithmétique laisse moins de marge que la rhétorique ne le laisse croire. La CDU, le SPD et les Verts détiennent trente et un sièges sur quatre-vingt-trois. Les huit de Die Linke sont neutralisés par la résolution d'incompatibilité de la CDU elle-même. Les cinq du BSW ont annoncé qu'ils n'éliraient pas Sven Schulze, le candidat de la CDU, et qu'ils s'abstiendraient si Siegmund allait jusqu'à un troisième tour, où les abstentions ne comptent pas et où une majorité simple suffit. Ceux qui peuvent empêcher l'élection d'un ministre-président AfD ne sont donc pas ceux qui prononcent des discours sur le cordon sanitaire. Cela ne donne pas tort au cordon sanitaire. Cela signifie seulement qu'il n'est pas, pour l'heure, le mur porteur.
La consolation la plus répandue au sujet du 6 septembre veut que l'AfD ait gagné malgré son programme — qu'un Land ait voulu sanctionner Berlin, l'extrême droite se trouvant être l'instrument à portée de main. Christian Wolff, dans Vorwärts, la refuse, et c'est de ce refus que doit partir toute réponse sérieuse. « Wir müssen endlich aufhören mit der Entmündigung der Wähler*innen », écrit-il : il faut enfin cesser de traiter les électrices et les électeurs comme des incapables, comme s'ils y avaient été contraints. « Nein, AfD-Wähler*innen sind Täter*innen und keine Opfer. » Ils ne sont pas des victimes. Le parti a gagné à cause de son programme, non pas malgré lui, et la lecture inverse ne tient qu'aussi longtemps que l'on se garde de regarder la participation.
Le programme n'était ni caché ni obscur : homogénéité culturelle, exclusion des migrants, démantèlement de l'audiovisuel public, assèchement du secteur des initiatives démocratiques, sortie de l'euro et de l'Union européenne. Tous ceux qui ont voté pouvaient le lire, et une part record du corps électoral s'est déplacée pour le faire — la participation la plus élevée que le Land ait jamais enregistrée. Il en résulte le chiffre qui devrait commander tout le reste : les partis de l'arc démocratique ne détiennent plus qu'environ la moitié des voix en Saxe-Anhalt. Wolff y voit « eine verhängnisvolle Entwicklung », une évolution funeste. C'est le constat, et il n'en existe aucune lecture qui soit seulement régionale.
Le soir du scrutin, l'AfD tendait la main à toutes les forces démocratiques et exigeait dans le même souffle le démantèlement de l'audiovisuel public. Les deux moitiés étaient sincères.
C'est pourquoi l'offre formulée à Magdebourg doit être lue pour ce qu'elle est, et non pour ce qu'elle paraît. Interrogé sur le sort qu'il réserverait à ceux qui n'avaient pas voté pour lui, Ulrich Siegmund a répondu que son parti entendait faire une politique pour tous et qu'il leur tendait la main — avant d'appeler à la destruction des chaînes publiques, au motif qu'elles feraient de la propagande contre son parti. Une main tendue à la condition que soient abolies les institutions capables de vous contredire n'est pas une offre de coalition. C'est la description d'une destination, énoncée sur le registre de l'invitation.
L'objection qui mérite réponse est celle qui voit dans tout cela une manière d'esquiver la question matérielle : l'Est aurait été vidé de sa substance, le chômage en Saxe-Anhalt dépasse de près de deux points le taux national, les défaillances d'entreprises y ont progressé l'an dernier plus de deux fois plus vite qu'ailleurs, et un parti qui parle à cette réalité ne pouvait que l'emporter. Une part de cela est manifestement exacte. Mais ce même Land compte environ 7,9 % d'étrangers, contre près de 14,9 % à l'échelle nationale, et l'immigration figure en tête des préoccupations de ses électeurs depuis plus de dix ans. Un grief qui croît à mesure que décroît ce qu'il désigne n'a pas pour cause ce qu'il désigne. Réparer les trains et les hôpitaux est nécessaire, et c'est dû ; y voir une réponse suffisante à ce résultat, c'est une manière de ne pas entendre ce qui a été dit.
L'arithmétique laisse moins de marge que la rhétorique ne le donne à croire. La CDU, le SPD et les Verts détiennent ensemble trente et un sièges sur quatre-vingt-trois. Les huit de Die Linke sont écartés par la résolution d'incompatibilité de l'Union elle-même, que celle-ci ne montre aucun signe de vouloir lever. Les cinq du BSW ont annoncé qu'ils n'éliraient pas Sven Schulze, le candidat de la CDU, et qu'ils s'abstiendraient si Ulrich Siegmund se présentait à un troisième tour, où les abstentions ne comptent pas et où la majorité simple des suffrages exprimés suffit. Ceux qui peuvent empêcher un ministre-président AfD ne sont donc pas ceux qui font des discours sur le cordon sanitaire.
Cela ne rend pas le cordon sanitaire illégitime ; cela signifie que, pour l'instant, ce n'est pas lui qui porte la charge. Ce qui la porte, c'est la capacité des partis détenant encore environ la moitié du Land à s'entendre sur quoi que ce soit avant la réunion du Landtag — et la disposition de la CDU à payer, dans la monnaie de ses propres résolutions, l'issue qu'elle dit vouloir. Reiner Haseloff, qui a tenu le Land pour l'Union pendant quinze ans et reste le dernier à y avoir empêché l'AfD d'arriver en tête, a passé la matinée qui a suivi le dépouillement à régler ses comptes avec les gouvernements fédéraux, avec une partie du centre politique et avec les médias, coupables selon lui d'avoir perdu le contact avec ceux qu'ils gouvernent, tout en excluant toute approche de l'AfD et en mettant spécifiquement en garde contre une entente entre l'AfD et le BSW. Ce n'est pas un témoin optimiste. C'est un témoin bien placé.
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