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L'Islande vote contre la réouverture des négociations d'adhésion à l'UE

Reykjavík a posé la question. Le reste du pays y a répondu.

Toutes les circonscriptions hors de la capitale ont voté non, trois d'entre elles au-delà de soixante pour cent. Ce n'est pas une hésitation nationale à la marge. C'est une défaite qui a une carte, et cette carte désigne la coalition.

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Le bâtiment du parlement islandais, l'Alþingi, dans le centre de Reykjavík, vu depuis la place qui le précède par une matinée claire.
Photo : Ziko van Dijk · CC BY-SA · source

Lisez le résultat circonscription par circonscription : les cinq points d'écart national cessent aussitôt d'être le sujet. Reykjavík Nord a voté oui à 57,5 %, Reykjavík Sud à 54,5 %. Partout ailleurs, l'inverse : le Sud-Ouest à 53,0 % de non, le Sud à 60,5 %, le Nord-Est à 61,2 %, le Nord-Ouest à 62,9 %. Un projet incapable d'emporter une seule région hors de la capitale n'était pas une aspiration nationale qui échoue de justesse. C'était une préférence de la capitale soumise au pays, et refusée par lui.

Ce que les régions ont refusé est précis. La politique commune de la pêche aurait fixé ailleurs qu'en Islande les quotas et les droits d'accès aux eaux islandaises, et aucune dérogation formelle n'a jamais été mise sur la table — ni pendant la campagne, ni avant elle. Pour les circonscriptions qui vivent de la mer, la question inscrite sur le bulletin était celle-ci : faut-il placer l'industrie qui paie tout le reste sous une administration qui n'a jamais eu à rendre de comptes à un seul électeur islandais ?

Un gouvernement qui joue sa politique européenne sur un scrutin qu'il n'était pas tenu d'organiser, et qui perd toutes les régions sauf deux, vient d'apprendre quelque chose sur le pays qu'il gouverne.

La campagne du oui a surtout reposé sur ce qui, à l'en croire, irait mal autrement : l'instabilité, l'isolement, une décennie dangereuse où les petits pays restés hors des blocs prennent les coups. Les électeurs ont entendu, et n'ont pas bougé — c'est la part que la presse installée a le plus de mal à écrire. Être averti n'est pas être convaincu, et un argument qui ne tient plus que par ses conséquences est un argument à court de raisons. Les mêmes chaînes et les mêmes éditorialistes qui ont passé l'été à expliquer que le vote portait en réalité sur la sécurité nous expliquent aujourd'hui que l'électorat a mal compris la question — ce qu'un tel argument finit toujours par devenir une fois qu'il a perdu.

L'asymétrie de l'exercice mérite elle aussi d'être consignée. Un non range l'adhésion au placard pour le reste de la législature ; un oui aurait ouvert des négociations sans la moindre garantie constitutionnelle que leur résultat soit un jour soumis aux électeurs pour confirmation. Une réponse liait le gouvernement ; l'autre l'aurait délié. Dans ces conditions, 118 040 personnes qui refusent de signer un blanc-seing, ce n'est pas de l'entêtement. C'est une lecture juste de ce qui leur était réellement demandé.