Le 7 août, le Bureau of Labor Statistics (BLS) a fait état de 23 000 destructions nettes d'emplois aux États-Unis en juillet, quand le consensus des prévisionnistes attendait environ 80 000 créations. La même publication indiquait un taux de chômage en baisse, à 4,1 %. Les deux énoncés sont vrais en même temps, parce que le taux ne comptabilise que les personnes qui déclarent chercher un emploi. Le taux d'activité s'établissait à 61,4 %, en recul de 0,7 point depuis janvier, et les révisions ont retiré 103 000 emplois supplémentaires aux mois de mai et juin.

Trois semaines plus tard, le 28 août, le président de la Réserve fédérale déclarait devant le symposium de Jackson Hole : « J'estime que le marché du travail est compatible avec le plein-emploi. » Sur le plan strictement arithmétique, l'argument se défend. Les nouvelles inscriptions au chômage, en moyenne sur quatre semaines, sont proches de leur plus bas niveau depuis des décennies, et le taux de chômage n'a pratiquement pas bougé en deux ans. Reste à savoir ce que mesure un taux stable lorsque le dénominateur sur lequel il repose se contracte.

Un taux qui baisse parce que les gens ont cessé de chercher n'est pas la même statistique qu'un taux qui baisse parce qu'ils ont trouvé.

L'objection n'est pas rhétorique, et elle est chiffrée. En juillet, 1,8 million d'Américains étaient sans emploi depuis vingt-sept semaines ou davantage — soit un quart des personnes comptabilisées comme chômeurs. Et 4,8 millions d'autres occupaient un temps partiel faute d'avoir trouvé un temps plein. Toutes ces situations sont logées à l'intérieur des 4,1 %, et aucune ne témoigne d'un marché qui s'équilibre.

Une part de l'atonie de l'offre de travail relève d'un choix de politique publique et non de la conjoncture. Des travaux publiés en janvier par Wendy Edelberg, Stan Veuger et Tara Watson situent le solde migratoire des États-Unis en 2025 entre − 295 000 et − 10 000 personnes : la première année négative depuis au moins un demi-siècle. Selon leurs estimations, le rythme mensuel de créations d'emplois nécessaire au seul maintien du taux d'emploi tombe entre − 20 000 et + 50 000. Un chiffre proche de zéro peut alors signifier la stabilité comme la stagnation, et le seul indicateur de tête ne permet pas de trancher.

La concession honnête est que rien de tout cela ne fait des 4,1 % un chiffre mensonger. Les licenciements ne s'emballent pas. Ceux qui occupent déjà un emploi le conservent pour l'essentiel, et les données d'inscription au chômage citées par le président de la Fed sont aussi solides qu'il l'affirme. La défaillance se situe à l'entrée et non à la sortie — c'est un problème d'embauche, pas de licenciement — et cette pathologie-là appelle un autre traitement. Rien, dans les données disponibles, n'accrédite la thèse d'une série statistique falsifiée.

Le Royaume-Uni a commencé à administrer ce traitement. Le 26 août, le ministère du Travail et des Retraites a annoncé les premières entrées dans son dispositif de garantie d'emploi (Jobs Guarantee) : six mois de travail rémunéré, dans la limite de vingt-cinq heures hebdomadaires, pour les dix-huit à vingt-quatre ans percevant le crédit universel (Universal Credit) depuis dix-huit mois, l'ensemble étant adossé à une enveloppe de 2,5 milliards de livres et à des incitations pouvant atteindre 8 000 livres par entreprise. Pat McFadden, ministre du Travail et des Retraites, en a résumé la logique en une phrase : « Les jeunes veulent avancer dans la vie, mais, depuis trop longtemps, trop d'entre eux se sont vu refuser cette possibilité. »

L'efficacité du dispositif est une question empirique, et la réponse mettra des années à venir. Mais il vise précisément le maillon défaillant, et il constitue un instrument dont aucune banque centrale ne dispose. La Réserve fédérale peut modifier le prix de l'argent. Elle ne peut pas placer un jeune de vingt-deux ans dans son premier emploi. C'est en confondant les deux registres que l'on obtient un taux affiché stable pendant qu'une classe d'âge sort silencieusement du décompte.