Le 7 août, on apprenait que l'économie américaine avait détruit 23 000 emplois en juillet. Les prévisionnistes tablaient sur 80 000 créations. La progression des salaires est retombée à 3,2 % sur un an, c'est-à-dire moins que la hausse des prix. Et le taux de chômage, lui, a baissé. Il a baissé parce que des gens ont quitté le marché du travail — la seule sortie du chômage qui n'exige d'aucun employeur qu'il fasse quoi que ce soit.

Heather Long, cheffe économiste de Navy Federal Credit Union, y a vu « un sinistre rapport sur l'emploi ». Breyon Williams, du Groundwork Collaborative, a été plus précis : les chiffres dessinent « une économie en patchwork qui s'effiloche aux coutures ». La représentante Pramila Jayapal en a donné la version politique, sans détour : « Trump coule l'économie américaine. » Rien de tout cela n'est parvenu jusqu'à la Réserve fédérale, qui a passé les trois semaines suivantes à préparer le pays à une hausse des taux.

Sortir du chômage en renonçant est la seule issue qui n'exige d'aucun employeur qu'il lève le petit doigt.

Derrière le bruit mensuel, il y a un stock d'hommes et de femmes que le chiffre de tête ne décrit pas. Près de deux millions d'Américains sont désormais sans emploi depuis plus de six mois — un chômeur sur quatre au sens de l'enquête — et quelque 700 000 ont cessé de chercher au cours du seul mois de juin. Ils ne sont pas dans les 4,1 %. Ils y ont été. La proportion n'a pratiquement pas bougé en un an, ce qui est une autre manière de dire qu'on n'y fait rien.

Le 28 août, le président de la Réserve fédérale déclarait à Jackson Hole : « Les gens qui veulent travailler, dans l'ensemble, conservent ou trouvent un emploi. » Il estimait, disait-il, que le marché du travail était compatible avec le plein-emploi. Il l'a dit dans le discours même où il expliquait pourquoi les taux pourraient devoir monter. Mises bout à bout, les deux moitiés forment une politique. Le prix du pétrole ne baissera pas ; on fera donc baisser le prix du travail.

Robert Kuttner en avait exposé le mécanisme dès avril, quand la guerre avait six semaines et que l'essence à la pompe coûtait déjà 21,2 % de plus qu'un an plus tôt. Le salaire horaire réel avait reculé de 0,6 % en mars. Le moral des ménages était tombé à 47,6, le plus bas jamais enregistré. Un choc énergétique importé d'une guerre fait monter des prix qu'aucun taux d'intérêt n'atteint ; la banque centrale répond en renchérissant tout ce qu'elle peut atteindre : le crédit, puis l'embauche, puis vous. Les détenteurs de créances, eux, y gagnent, et ce n'est pas un effet secondaire.

L'objection évidente, c'est qu'on tient là du complotisme déguisé en économie, et il faut en concéder la moitié. Les statistiques ne sont pas truquées. Les enquêtes sont honnêtes, les révisions publiées, la part du chômage de longue durée figure noir sur blanc dans le communiqué, à la disposition de qui veut la lire. C'est précisément ce qui dérange. Personne n'a eu besoin de mentir. Une mesure exacte d'un marché du travail peut décrire un pays où deux millions de personnes ne trouvent pas d'embauche en six mois, et être commentée comme une bonne nouvelle.

Ce qui relève d'un choix, c'est la réponse. Une assurance chômage qui remplace une fraction réelle d'un salaire réel n'a rien d'exotique. L'embauche publique sur des tâches dont l'utilité crève les yeux n'a rien d'exotique. Ce qui est exotique, c'est l'idée, répétée à chaque publication mensuelle, qu'une personne sans travail depuis vingt-sept semaines aurait accumulé une série de petites erreurs personnelles. Non. Elle a été affectée là, par des institutions qui appellent ensuite ce résultat le plein-emploi.