En juillet, l'emploi salarié américain a reculé de 23 000 postes et le taux de chômage s'est amélioré, à 4,1 %. Peter St. Onge et E. J. Antoni ont décrit le mécanisme sans fioritures : « Il n'y a pas seulement moins d'emplois : il y a moins de gens encore dans la population active. Cela fait mécaniquement baisser le taux de chômage. » Un taux est une fraction. Quand le dénominateur se vide plus vite que le numérateur, le chiffre descend et le pays ne va pas mieux pour autant.

Leur décompte : 2,4 millions de personnes sorties de la population active depuis novembre. La moitié environ relève du vieillissement, un cinquième de la baisse de l'immigration, et le reste se concentre sur les cinquante-cinq à soixante-quatre ans — l'âge où une maison payée et un portefeuille permettent de faire passer l'abandon pour une décision plutôt que pour une défaite. Ceux que la conclusion dérange ne contestent pas l'arithmétique. Ils n'en parlent pas, voilà tout.

Un homme de soixante ans découragé, qui a cessé de chercher, est la preuve d'un marché du travail affaibli.

La série longue est pire encore, et aucun de ceux qui nous gouvernent n'en dit un mot. Sur 132,8 millions d'hommes américains en âge de travailler, 44,07 millions — un sur trois — ne figurent plus du tout dans la population active. Le taux d'activité masculin est tombé à 66,8 %, son plus bas niveau depuis 1948. Neuf millions d'hommes de plus qu'en 2012 sont sans emploi, dont 891 000 partis sur les douze derniers mois. Ce n'est pas une erreur d'arrondi dans une courbe d'offre.

Scott Beaulier, de l'université du Wyoming, donne la moitié matérielle de l'explication : « L'économie américaine s'est peu à peu détournée des industries qui offraient historiquement de bons emplois aux hommes sans diplôme universitaire. » Brad Wilcox, de l'université de Virginie, donne l'autre moitié : « C'est un problème majeur, parce que les hommes qui ne travaillent pas à temps plein sont plus déprimés, moins heureux et moins susceptibles de fonder des familles solides et stables. »

À l'autre bout de la pyramide des âges, c'est la machine qui referme la porte. Erik Brynjolfsson et ses collègues de Stanford, à partir des données de paie arrêtées à juin 2026, constatent que l'emploi des vingt-deux à vingt-cinq ans dans les métiers exposés à l'intelligence artificielle est inférieur de 19 % à ce qu'il serait s'il avait suivi celui des mêmes classes d'âge dans les métiers peu exposés. Le mécanisme n'est pas le licenciement de masse. C'est qu'on n'embauche plus : « L'ajustement se fait par l'emploi, non par le salaire de base. »

La baisse de l'immigration explique en partie la stagnation de l'offre de travail, et le camp qui écrit ces lignes l'a réclamée, et la réclamerait encore. Mais elle avait été vendue comme une affaire de salaires, et les salaires ne sont pas venus. Les jeunes ne sont pas mieux payés : ils ne sont pas embauchés. Les anciens ne sont pas retenus : ils sont mis à la retraite. Une population active plus étroite devait rendre les bras rares, donc chers. Pour l'instant, elle les a seulement rendus moins nombreux. Ce n'est pas la promesse qui avait été faite.

Le 28 août, à Jackson Hole, le président de la Réserve fédérale a qualifié ce marché du travail de conforme au plein emploi et laissé entendre que les taux monteraient — lui qui avait déjà concédé où se situait la faute des cinq dernières années : « La responsabilité de soixante-cinq mois d'inflation élevée et durable revient entièrement à la banque centrale. » La franchise est bienvenue. L'aveuglement qui l'accompagne l'est moins. Un pays peut afficher un 4 en tête de son taux de chômage et perdre en même temps ses hommes, ses diplômés et ses salaires, une révision après l'autre.