Le bureau humanitaire des Nations unies a fait état, le 28 août, de 47 Palestiniens tués et 176 blessés à Gaza pour les quinze jours précédents à eux seuls, d'après les chiffres du ministère de la santé du territoire. Son cumul depuis l'annonce du cessez-le-feu, le 10 octobre 2025, s'établit à 1 303 tués et 4 336 blessés. Quatre-vingt-quatorze pour cent de la population — quelque 1,98 million de personnes — ont toujours besoin d'une aide pour s'abriter. Voilà ce que le mot cessez-le-feu est aujourd'hui chargé de décrire.
C'est en Cisjordanie que la trajectoire est la plus lisible. Human Rights Watch a recensé 1 835 attaques de colons en 2025, et environ 190 par mois sur les quatre premiers mois de 2026, avec près de 700 Palestiniens chassés de neuf communautés durant cette période. Sarah Sanbar, sa chercheuse par intérim pour Israël et la Palestine, déclarait en juillet que « des années de non-droit et d'impunité pour ces attaques ont fait de la Cisjordanie une poudrière prête à exploser ».
Les instruments existent. Une licence d'exportation se révoque en un après-midi. Ce qui manque n'est pas un mécanisme mais une décision, et l'absence de décision est elle-même une politique.
La machinerie judiciaire avance à une vitesse qu'il faut lire comme un choix plutôt que comme un accident. Israël a déposé son contre-mémoire en mars dans l'affaire de génocide portée par l'Afrique du Sud, en soulevant des exceptions d'incompétence. Le 21 mai, la Cour internationale de justice a donné à l'Afrique du Sud jusqu'au 22 novembre 2027 pour répliquer, et à Israël jusqu'au 22 mai 2029 pour déposer sa duplique. Pretoria a répondu que « la légitime défense n'est pas un moyen de défense face au génocide ; il n'en existe aucun ».
Rapprochez ce calendrier des bilans de victimes publiés tous les quinze jours, et l'architecture du dispositif apparaît. Une affaire qui sera plaidée à la fin de la décennie n'est pas une contrainte sur la conduite de ce mois-ci ; c'est une réponse à la question de savoir ce que l'on fait, et elle ne coûte rigoureusement rien aux États qui la brandissent. Pendant ce temps, les transferts qui rendent cette conduite possible n'ont pas été interrompus.
Ce qui est interrompu, en revanche, est modeste et soigneusement sélectionné : gels d'avoirs de quelques structures de colons, interdictions de voyage pour leurs dirigeants, communiqués de préoccupation sur les avant-postes. Dans le même temps, Human Rights Watch relève qu'après les meurtres commis en juillet, le gouvernement israélien a annoncé le redéploiement de cinq bataillons en Cisjordanie ainsi qu'un engagement à accélérer la régularisation des avant-postes et à en créer de nouveaux. Sanctionner le symptôme, subventionner le mécanisme.
L'opinion, elle, a une bonne longueur d'avance. Data for Progress, qui a interrogé 1 217 électeurs probables du 3 au 7 août, mesure 61 % d'opposition à la disposition du projet de loi de défense intégrant les industriels de l'armement israéliens à la commande publique américaine, 51 % d'électeurs estimant qu'Israël tire davantage profit de la relation, contre 12 % qui jugent que ce sont les États-Unis, et 49 % qui trouvent Donald Trump trop favorable au gouvernement israélien. Cavan Kharrazian, de Demand Progress, a qualifié ce résultat de « signal d'alarme clignotant en rouge pour tout membre du Congrès qui soutient le projet de loi d'autorisation de défense ».
Rien de tout cela n'exige d'adopter une nouvelle théorie du conflit. Il suffit que le droit ordinaire régissant les exportations d'armes soit appliqué à un destinataire comme il l'est à tous les autres, et que la réponse à la question de savoir ce que l'on fait cesse d'être une date en 2029. Des suspensions partielles assorties de dérogations assez larges pour y faire passer un avion de chasse ne sont pas cela. Onze mois de bilans publiés tous les quinze jours ont produit des gels d'avoirs visant des militants et un calendrier de procédure ; l'écart entre ces deux faits est le constat, et il n'a rien de difficile.




