Le désaccord qui oppose aujourd'hui Washington à Jérusalem est raconté comme une brouille ; il se comprend mieux comme un différend d'ingénierie. La feuille de route du Board of Peace, publiée le 30 juillet, prévoit que le Hamas démantèle son arsenal par étapes tandis que les forces israéliennes se replient, par étapes elles aussi, au-delà de la ligne jaune. Benyamin Nétanyahou l'a rejetée le 9 août. Le Board of Peace a ensuite précisé que le retrait au-delà de cette ligne suivrait un démantèlement complet — armes légères, armes lourdes et tunnels compris. Les deux ne peuvent pas venir en premier.

Doron Spielman, porte-parole des services du premier ministre, a exposé le raisonnement sans fioritures début août : « Notre analyse est que, si nous nous redéployons avant que le Hamas ne soit réellement désarmé, il étendra rapidement son emprise sur toute la bande de Gaza, reconstruira son infrastructure terroriste, menacera de nouveau les localités israéliennes et cherchera à commettre une nouvelle attaque du type du 7 octobre. » Et sur le sens du mot : « Désarmer, c'est remettre physiquement les armes. Rien de moins. »

On peut revenir sur un retrait, à un coût considérable. On ne revient pas sur un réarmement. Cette asymétrie est tout l'argument, et aucune impatience ne la dissout.

Environ 1 200 personnes ont été tuées et 251 prises en otage le 7 octobre 2023. Le ministère de la santé de Gaza fait état, depuis lors, de plus de 73 000 morts palestiniens, et Israël ne conteste pas que le bilan soit très lourd. Ce qu'il conteste, c'est l'inférence : qu'un État dont les localités du sud viennent d'être submergées devrait accepter un régime de vérification conçu par des médiateurs qu'il n'a pas choisis, selon un calendrier fixé par une administration qui n'aura pas à vivre à côté du résultat.

Danielle Pletka, de l'American Enterprise Institute, a tracé la ligne qui devrait gouverner la lecture des alliés : « En fin de compte, le Board of Peace est un jeu pour Washington, et une question de vie ou de mort pour Israël. » Ce n'est pas une mise en cause de la bonne foi américaine. C'est un constat d'incidence. Les plans sont notés par leurs auteurs à l'aune de leur adoption, et par leurs destinataires à l'aune de leur tenue. Les deux verdicts peuvent tomber à des années d'écart, et un seul est prononcé devant des gens qui vivent à portée de roquette du territoire en question.

La pression qui monte aujourd'hui des capitales européennes aggrave le problème au lieu de le résoudre. Conditionner les armes et le commerce à un retrait qui précède le désarmement n'est pas un levier neutre : c'est mettre le poids des alliés du côté d'une question de séquence que leurs opinions publiques n'ont jamais été invitées à examiner. Si la séquence est mauvaise, la conséquence n'est pas un embarras diplomatique à Bruxelles. C'est une frontière. Les alliés ont droit à leurs mesures ; ils n'ont pas le droit de faire comme si le risque qu'ils demandent à un autre d'assumer était mince.

Il y a aussi un calendrier. Les Israéliens votent le 27 octobre pour les 120 sièges de la vingt-sixième Knesset, le premier parlement israélien à mener son mandat de quatre ans à son terme depuis 1988. Des exigences étrangères formulées dans les dix semaines qui précèdent une élection nationale ne sont pas reçues à Jérusalem comme un conseil technique. Elles le sont comme une tentative de trancher le scrutin, et elles produisent en général le gouvernement qu'elles entendaient empêcher.

La relation survit à ce genre de désaccords parce qu'elle est un livre de comptes et non une faveur : des systèmes d'interception partagés, un échange de renseignement sans équivalent dans la région, et un partenaire qui se bat. Les alliés se disputent en permanence sur des questions de séquence. Ce qui abîmerait vraiment cette alliance, c'est de faire semblant de croire que la dispute porte sur autre chose.