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L'avenir du dollar

Cinquante ans de nécrologies, et l'acheteur est toujours là

Un actif de réserve a une fiche de poste. Personne d'autre n'y répond, et le seul candidat sérieux refuse délibérément la première exigence.

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La devanture d'un bureau de change et de transfert d'argent sur Queen's Road Central, à Hong Kong, les symboles du dollar, du yen, de la livre, de l'euro et du won sur son enseigne.
Photo : Yagoonchk Toamei · CC BY-SA · source

La prédiction est formulée sans discontinuer depuis 1971 et démentie sans discontinuer depuis 1971. Les chiffres du trimestre : 57,13 % des réserves allouées, contre 56,42 %. L'euro à 20,03 et en recul. Le renminbi à 1,99 après quinze ans d'efforts publics, de lignes de swap, de banques de compensation et d'un système de paiement bâti depuis 2015 précisément à cette fin.

C'est qu'un actif de réserve a une fiche de poste, et qu'elle est exigeante. Il faut un titre que l'on puisse céder en volume le pire jour de l'année sans faire bouger le prix. Il faut un compte de capital ouvert, pour qu'une banque centrale étrangère puisse sortir ses fonds sans demander la permission. Il faut des juges disposés à donner tort à leur propre État. L'euro échoue au premier test, faute d'émission commune et donc d'actif sûr européen à l'échelle requise. Le renminbi échoue au second, et il y échoue délibérément.

Pékin n'a pas échoué à ouvrir son compte de capital. Il en a lu le prix et a refusé de le payer, après 1997 puis après 2008, dans la conviction arrêtée que le contrôle des capitaux lui a permis de traverser l'une et l'autre crise. La décision est défendable ; elle est aussi disqualifiante. Les avoirs mondiaux en dollars ne sont donc pas un vote de confiance envers la politique américaine. Ils ne l'ont jamais été. Ils sont le reliquat d'une recherche d'un autre endroit où placer l'argent.

Une monnaie de réserve ne se choisit pas. Elle est ce qui reste debout quand tout le reste a été prié de faire le travail et n'a pas pu.

L'expérience a été menée cette année. Le détroit s'est fermé le 4 mars, plus de dix millions de barils par jour ont quitté le marché en une semaine, le Brent a fini mars à 118,35 dollars, et la part du dollar dans les réserves a progressé. Quant au pétrodollar, c'était un usage et jamais un traité : rien ne liait l'OPEP en 1974 et rien n'a expiré depuis. Le pétrole se facture en dollars parce que c'est là qu'est la liquidité. Le risque véritable est intérieur et budgétaire. Les intérêts nets de la dette fédérale approchent mille milliards de dollars cette année, contre 885 milliards pour la défense nationale, et c'est la ligne qui croît le plus vite. Personne ne viendra prendre ce poste. On peut en démissionner.