Samedi : 82,5 % du corps électoral se déplace, 52,84 % dit non. Dimanche : la ministre des Affaires étrangères passe à l'antenne, juge le résultat clair, promet qu'il sera respecté — et, dans le même entretien, invite les chefs du Parti du centre et du Parti de l'indépendance à figurer parmi les premiers signataires du texte sur le protocole 35. Lundi : il est confirmé que la règle de primauté sera soumise au Parlement à l'automne. Mercredi : l'autorité de surveillance, à Bruxelles, engagerait un recours pour s'en assurer.
Le texte tient en une phrase, et une phrase suffit. Il dispose qu'en cas de conflit entre une règle de l'EEE transposée et une loi islandaise, la règle de l'EEE l'emporte — y compris sur une loi votée ensuite par l'Alþingi. Un engagement pris en 1994 primerait ainsi sur les votes de tous les parlements élus depuis. Stefán Már Stefánsson, professeur émérite, a posé l'objection constitutionnelle sans détour : l'Alþingi ne peut pas édicter des superlois, ni céder par loi ordinaire le pouvoir que la Constitution lui a confié. Celle-ci autorise un tel transfert, mais par révision et avec le consentement de la nation. Ni révision ni consentement.
Un pays qu'on autorise à choisir s'il négocie, mais pas si son propre parlement a le dernier mot, s'est vu poser la plus petite des deux questions.
La position islandaise n'est pas davantage une dérobade de fraîche date. La transposition écrite en 1993 était un travail juridique délibéré, poussé jusqu'aux limites que permet la Constitution, et la partie européenne l'avait acceptée au moment de conclure l'accord. Elle tient depuis trente-trois ans. Ce qui a changé, ce n'est pas la conduite de l'Islande, c'est la patience de Bruxelles envers un arrangement qu'elle avait elle-même signé. Une affaire portée devant la Cour AELE est une manière normale de trancher un désaccord, prévue par l'accord lui-même ; elle ne prouve pas, à elle seule, que quiconque ait manqué à ses obligations.
L'aveu est dans le calendrier. Le texte est redéposé à chaque session depuis 2023 et serait revenu quel qu'ait été le résultat — participation record, marge sans ambiguïté, il ne bouge pas d'une virgule. Sigmundur Davíð Gunnlaugsson a mis le mot dessus dès le premier jour ouvré après le dépouillement : « Si la réponse à un non sur l'abandon de souveraineté consiste à déposer le protocole 35, c'est-à-dire à faire primer sur les lois islandaises des textes rédigés par des fonctionnaires de Bruxelles, alors le gouvernement est complètement déconnecté du réel et ne respecte pas le résultat du référendum. » Les démocraties sont rarement renversées à grand bruit. Elles s'usent en silence, le jour où le dernier mot quitte l'hémicycle pour des institutions qu'aucun Islandais n'a élues.




