Ce qu'on a écrit de plus révélateur sur le référendum islandais ne portait pas sur l'Islande. C'était que le résultat avait surpris les élites européennes. Mesurons ce qu'il faut tenir pour acquis pour qu'un Non puisse surprendre : qu'un pays prospère, ordonné, démocratique, déjà dans le marché unique et invité à compléter la collection, en aurait forcément envie. On a posé la question aux Islandais, et 82,5 % des inscrits se sont déplacés pour y répondre — un chiffre que la plupart des États membres ne mobilisent plus pour leurs propres parlements.
L'asymétrie est ce que Bruxelles ne peut pas dire tout haut, alors Fraser Myers l'a dit à sa place : « L'UE a toujours eu bien plus à gagner à l'adhésion de l'Islande que l'Islande à la sienne. » L'Islande est déjà dans le marché unique, par l'EEE, et dans Schengen. Son poisson et ses ressortissants circulent librement. C'est son propre gouvernement qui est allé demander au pays de convertir cet arrangement en adhésion ; le pays a refusé de payer une mise à niveau dont il disposait déjà pour l'essentiel.
Une union qu'il faut vendre le plus âprement à ceux qui en profiteraient le moins ne s'élargit pas. Elle recrute.
Reste le livre de comptes, que personne n'aime lire à voix haute. Aucun État n'a adhéré depuis la Croatie en 2013. Un en est sorti en 2020. La file d'attente qui subsiste est plus pauvre, plus loin des critères, et pour l'essentiel périphérique — ce qui est la règle, non un hasard de calendrier. L'Islande, c'était la preuve que le projet séduit encore les pays qui ont ailleurs où aller. C'était le dossier le plus facile disponible, aux meilleures conditions jamais consenties, et il est perdu de cinq points et demi.
La suite vend la mèche. Plutôt que de lire le résultat, le camp perdant s'est rabattu sur l'intelligence artificielle, l'ingérence étrangère et la désinformation — l'inventaire habituel des scrutins qui ne devaient pas tourner ainsi. Quatre cent mille habitants de l'Atlantique Nord ont examiné un arrangement où ils gardent leurs eaux et leur monnaie sans rien perdre en accès au marché, l'ont comparé à un autre où ils confient les deux premières à une instance qu'ils n'élisent pas, et ils ont tranché. Ce n'est pas un pays qu'on a trompé. C'est un pays qui a fait ses comptes.




