Le prix israélien de cette guerre : quarante soldats et un contractuel tués, trente et un civils tués, 7 841 blessés. Chiffre faible à côté de celui de l'Iran, énorme rapporté à la population dont il est tiré ; et tout débat, ici, se tient au-dessus de lui. Personne dans ce pays ne parle du programme nucléaire iranien comme d'un dossier. On en parle comme d'une portée, en minutes de vol, entre gens qui ont passé six mois à faire descendre des enfants dans des cages d'escalier.
En mars, l'Israel Democracy Institute mesurait 82 % de soutien aux opérations militaires dans l'opinion : 93 % chez les Israéliens juifs, 26 % chez les citoyens arabes. C'est à peu près le plafond que peut atteindre ici une question d'opinion. Quoi qu'on dise de cette guerre à l'étranger, elle n'a pas commencé comme l'aventure d'une élite imposée à un pays réticent. Elle a commencé dans un quasi-consensus, et un consensus de cette ampleur ne se fabrique pas en quinze jours.
La question, ici, n'est plus de savoir s'il fallait frapper. Elle est de savoir si on nous a laissé finir.
En juin, le même public rendait un verdict tout autre sur le résultat. Une enquête de l'Université hébraïque donnait 93,1 % de convaincus que l'Iran avait gagné la guerre, 82,9 % pour qui la sécurité israélienne à long terme en sortait affaiblie, 86 % d'opinions négatives sur l'accord de juin. Approuver l'acte et désespérer de l'issue n'est pas une contradiction. C'est l'effet que fait un cessez-le-feu remis par le calendrier électoral de quelqu'un d'autre.
Ce qui reste inachevé est précis. Natanz a été de nouveau frappé le 21 mars ; l'Agence n'a relevé aucune hausse de la radioactivité hors site et avait déjà confirmé des dégâts sur place le 3 mars. Mais aucun inspecteur n'est entré depuis dans un hall endommagé, et le dernier inventaire vérifié de matière enrichie iranienne — 440,9 kilogrammes à 60 %, 184,1 à 20 % — remonte à juin 2025. Un stock qu'on a cessé de compter n'a pas cessé d'exister.
Le détroit compte ici pour une raison que Washington ne partage pas. Une voie d'eau franchissable au bon vouloir de Téhéran est une ligne d'approvisionnement que ce pays ne contrôle pas, contre laquelle il ne peut pas s'assurer et qu'il ne peut pas remplacer. Quel que soit le corridor entériné cet automne, on le lira à Jérusalem comme un test permanent : quelle part du trafic régional l'Iran est désormais autorisé à tenir, et pour combien de temps. Les marchés de l'assurance trancheront là-dessus bien avant tout ministère des affaires étrangères.
Le scrutin du 27 octobre ne se jouera pas là-dessus, et cela mérite d'être noté. Ce qui décide un vote israélien est intérieur : la réforme judiciaire d'abord, l'état des services de sécurité, les nominations qu'on y fait. La guerre passe sous ce débat plutôt qu'elle n'y entre — c'est ainsi qu'un pays qui vient d'en mener une signale qu'il ne tient pas l'affaire pour close.
Ce qu'on attend ici d'un règlement est étroit, non maximaliste : des inspecteurs dans les sites touchés, un décompte vérifié de la matière à 60 %, un transit qui ne dépende pas d'une permission. Ces trois exigences sont formulées ici avec plus d'insistance qu'ailleurs, pour une raison sans éclat. Tous les autres négociateurs peuvent se tromper sur la capacité résiduelle de l'Iran, puis rentrer chez eux. Ce pays-ci vit à côté de la réponse.




